Lettre ouverte de Naomi Wolf au Rabbin Shmuley Boteach

Naomi Wolf2

Publié le 11 août 2014, alors que l’attaque militaire israélienne contre la bande de Gaza dure depuis plus d’un mois. Article originel visible sur le blog de Naomi Wolf

http://naomiwolf.org/2014/08/an-open-letter-to-rabbi-shmuley-boteach/

Lettre ouverte au Rabbin Shmuley Boteach [NdT : surnommé « America’s Rabbi », le plus célèbre rabbin américain selon Newswek et le Washington Post] en réponse à son article « Naomi Wolf banalise le génocide » paru sur le site de l’Observer et visible ici :

http://observer.com/2014/08/naomi-wolf-trivializes-genocide/

Cher rabbin Boteach,

Ibrahim, dix ans, vient d’être tué à Gaza tandis qu’il jouait dans une mosquée en construction. Mais alors… pourquoi un civil meurt-il une fois de plus, si Israël a une puissance de feu si perfectionnée ?

Et… rabbin Boteach … voulons nous vraiment être le peuple qui s’exprime ainsi : cela ne fait que 419 enfants morts (420 maintenant avec Ibrahim, qu’il repose en paix), « ce n’est pas un génocide » ? Est-ce de ce côté de l’histoire que nous souhaitons nous placer ?

Pensez-vous vraiment que Dieu exige cela de nous, couper les cheveux en quatre ainsi face au meurtre d’enfants ? Je pourrais vous citer les chapitres et les passages des Ecritures qui nous avertissent que Dieu exige de nous la justice, la pitié et la préservation de toute vie humaine, pas juive mais simplement humaine. Dieu n’exige pas de nous le nationalisme ou le militarisme ou encore de fétichiser un état ou une appartenance ethnique. Lisez les Prophètes : ils ne parlent pas de frontières. Ils parlent de ce qui est juste et bon, et de Dieu qui se met en rogne contre nous quand nous dévions du chemin de la vertu. Ce que nous sommes officiellement en train de faire en ce moment.

Vous pouvez vérifier les définitions du génocide selon les conventions de Genève : elles concordent avec l’usage que je fais du terme « génocide » et non avec votre définition, mais ce n’est pas le plus important. La question qui se pose ici est : voulons nous être le peuple qui manifeste ce que devraient être d’authentiques valeurs juives – justice, compassion, miséricorde, gentillesse – ou voulons nous que l’on se souvienne de nous comme le peuple qui tergiverse devant des cadavres d’enfants ?

arbresJ’ai en fait le sentiment que l’état d’Israël montre l’opposé des vraies valeurs juives. Les valeurs juives telles que je les vois et que je les chéris, celles dans lesquelles j’ai été élevée sont l’humanisme, accorder de la valeur à tous dans leur diversité, la justice kantienne universelle, pas la « justice pour les juifs » ni un système juridique à deux vitesses, la recherche de la vérité et non des explications toutes faites du type ‘hasbara’ [NdT : ‘explication’ en hébreu, terme très utilisé par les politiciens israéliens], et l’idée d’une éthique universelle transparente.

CELA est le vrai judaïsme. C’est CELA, et non pas un état-nation, qui représente la contribution du judaïsme à la marche du monde.

Je dirais qu’agir selon ces valeurs est « habiter un état juif » et que l’adoption par Israël du nationalisme, de la fétichisation de l’appartenance ethnique, du deux poids deux mesures judiciaire, du militarisme, de la violence contre des civils et du mépris de l’état de droit représente le contraire d’un état véritablement juif.

Je dirais qu’Israël a détourné la religion et les valeurs juives et les a transformées en l’opposé de ce qu’elles sont supposées être et nous prend, nous juifs, tous en otage. Si nous essayons de récupérer notre héritage spirituel nous sommes catalogués comme étant « déloyaux ». En y regardant de plus près, peut être est-ce en fait l’état d’Israël qui est actuellement déloyal au judaïsme.

Peut-être notre mission sur terre n’est-elle ni d’embrasser le nationalisme ni d’idolâtrer une appartenance ethnique, mais au contraire d’apporter à l’univers les valeurs cosmopolites et humanistes, l’état de droit et l’ouverture sur la diversité, tout ce pour quoi nous avons vécu pendant notre exil de part le monde. Ce sont ces valeurs qui nous ont protégés en Russie, France, Italie, Espagne et qui ont ensuite cessé de le faire lorsqu’elles se sont affaiblies. Peut-être notre don est-il de savoir ce que cela fait que d’être exilé, apatride, sans abri et ainsi de pouvoir apporter dans chaque société les valeurs universelles de justice, de tolérance, de démocratie, de société civile et aussi de rechercher la vérité dans un environnement où la liberté d’expression est protégée.

Ne serait-ce pas une tradition dont nous serions fiers ?

Et si « la Terre sainte » n’était pas un endroit du globe mais une façon de se comporter envers ses semblables ?

Je choisis cet endroit.

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