Les fous du complot selon Marianne…exemple de la paresse journalistique

 

complot4Le journal « Marianne » vient de faire sa une sur « Les fous du complot : de Roland Dumas à Dieudonné ». C’est de bonne guerre car le sujet est vendeur (de plus en plus de gens mettent en doute, à juste ou injuste titre, ce qui leur est dit). C’est aussi un cri d’alarme de la presse mainstream qui voit, jour après jour, son lectorat se tourner vers ce 5ème pouvoir que semble devenir internet. La montée de la fréquentation des sites d’information dits « dissidents » sur internet s’accompagne d’une baisse toujours plus importante du nombre de lecteur de la presse historique mais aussi et surtout d’une baisse de la confiance sur ce qui est dit dans cette presse. Cette dernière réagit en bloc et vous trouverez dans différents médias des dossiers ou articles sur les « complotistes » ou les adeptes du complots. L’indépendance des différents médias n’empêche donc pas un mimétisme total dans la production de sujets sur ces fameux « complotistes ».

Le dossier sur  « les complotistes » publié par Marianne est signé Mathias Destal qui officie pour Marianne mais aussi pour Slate.fr et Libération, nous sommes dans du mainstream plein pot !

Ce dossier ne fait pas dans la dentelle et le pédagogique.  Il est même la parfaite illustration de ce qu’il entend notamment dénoncer : le viol de la méthode scientifique et le nihilisme intellectuel.

Explications :

Mathias Destal nous parle de personnages dangereux pour la société qui verraient derrière chaque événement ou prise de position des gouvernants, un mensonge lequel ne serait que la manifestation et la révélation d’un scénario élaboré par des puissants dont les buts resteraient cachés à la population.  Cette présentation est évidemment excessive car lacunaire.

En effet, ce que l’auteur oublie de nous dire c’est que s’il y a des complotistes c’est que, dans l’histoire des sociétés, il y a eu des complots et des manipulations élaborés par des gens puissants qui ne cherchaient qu’a atteindre leurs objectifs. Le vieil adage « il n’y a pas de fumée sans feu », plein de bon sens, prend toute sa valeur en matière d’analyse du phénomène complotiste : on pourrait dire,  il n’y a pas de complotistes sans complots.

Exemples :

Citons quelques exemples de complots ou manipulations savamment orchestrés et dont les dénonciateurs ont ou auraient été qualifiés alertement par la presse mainstrean de dangereux complotistes :

1°) Les manœuvres de Bismarck, chancelier de Prusse, lequel par la fameuse dépêche d’Ems (rédigée par ses soins) poussa la France à déclarer la guerre à l’Allemagne. L’opinion publique française croyant que son ambassadeur à Berlin avait été humilié alors qu’il n’en était rien. Beau complot qui conduisit à la guerre de 1870, déclarée par une France manipulée, et à la réalisation d’un objectif caché : l’instauration du 2eme Reich après une cuisante défaite française.

2°) Autre exemple, celui de l’assassinat du président Kennedy. Aujourd’hui plus personne, à l’exception peut être de quelques journalistes de « non investigation » ne soutient que Lee Oswald est celui qui a planifié et tué le président des Etats-Unis.

3°) Autre exemple plus récent et aux Nations-unis, celui opposant Colin Powell à un dangereux « complotiste » (Dominique de Villepin), sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak….A la suite de cette opposition, et plusieurs centaines de milliers de morts plus tard, le monde entier a su qu’il n’y avait pas de telles armes en Irak et Colin Powell a lui même reconnu avoir menti aux Nations-Unis. Entre temps, la guerre a eu lieu et beaucoup d’armes ont été vendues…

Et oui, il y a des complotistes car il y a des complots et il y a des complots car parfois pour atteindre certains objectifs, la voie de la démocratie et de la transparence ne donne pas satisfaction aux puissants.

En simplifiant, nous pourrions distinguer deux catégories de « complotistes » :

– lacomplot3 première catégorie serait celle des « complotistes » qui argumentent leur théorie par des faits non contestables. Le plus souvent ces « complotistes » ont raison. Du reste, le néologisme « complotiste » est un qualificatif impropre à ces individus, ces derniers étant plutôt des lanceurs d’alerte. Edward Snowden, celui qui a dénoncé les écoutes de la NSA appartient à cette catégorie des lanceurs d’alerte ou, si l’on veut garder le terme « complotiste » de la presse mainstream, il appartient à cette première catégorie de « complotistes » que nous venons de définir.

– La seconde catégorie de « complotistes » serait celle des individus qui pensent que derrière tout acte se cache une intention inavouable et un projet muri dans l’ombre et destiné à tromper les peuples. On peut parler dans ce cas de visions pathologiques de la société. Cette catégorie de complotistes est effectivement dangereuse, car ces individus s’excluent du champ social des lors qu’ils présupposent que tout événement obéit à un scenario secret. Avec une telle vision du monde, impossible de vivre en harmonie avec les autres car la confiance n’est plus. Sur ce plan, l’article de Marianne et l’interview de Pierre-André Taguieff nous donnent quelques perspectives d’analyse.

Le problème c’est que Mathias Destal ignore superbement la première catégorie de « complotistes », en fait celle des lanceurs d’alerte, comme si les complots n’existaient pas et n’avaient jamais existés…nous voici au pays naïf des bisounours.

Ce dossier de « Marianne », par ses lacunes et imperfections, est lui aussi dangereux pour la démocratie car une démocratie ne peut survivre que si les citoyens posent un regard critique sur la politique et exercent leur libre arbitre en montrant, sous un jour nouveau, un fait, un événement, une déclaration dès lors que des éléments factuels permettent de remettre en doute l’exactitude de la parole officielle. Il s’agit de mettre en œuvre ce que tout historien digne de ce nom fait dans son travail critique de l’histoire : il faut revoir, réviser des faits et faire une remontrance de ce qui s’est passé à la manière de ce que faisaient certains parlementaires d’ancien régime dont Malesherbes. La démarche essentielle de l’historien et du journaliste d’investigation est de réviser et remettre en question l’histoire officielle pour déceler la part du vrai et la part du faux. Or traiter de dangereux des individus qui remettent en question l’histoire officielle en produisant des arguments objectifs est singulièrement grotesque. En effet, jeter l’opprobre sur toute personne qui remet en question la présentation officielle d’un fait, qui plus est par le biais d’un travail documenté, c’est faire entrer les hommes dans une dictature moderne ou il y aurait une histoire officielle indiscutable et non critiquable….On ressent quelques frissons à l’évocation d’une société qui ressemble a l’Allemagne des années 30 mais en plus subtile donc en plus dangereux.

L’une des failles de l’article de Mathias Destal est une absence de culture historique et une analyse partiale et partielle du phénomène complotiste.

complot2Il faut dire que l’article débute très mal, ou au contraire très bien, pour nous révéler ces carences intellectuelle. L’auteur débute son papier par l’évocation des récents propos de Roland Dumas sur la mise sous influence du Premier ministre  par sa femme, laquelle étant juive, l’influence serait donc juive. On nous dit que Roland Dumas a lancé cette attaque, nauséabonde sans doute, sans tout expliquer. C’est singulier car le journaliste lui aussi n’explique pas les tenants et aboutissants de cette déclaration de Roland Dumas et c’est dommage. Car pour expliquer ce qui s’est passé, il aurait pu citer Ronny Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, qui lui n’a pas vu de complot dans ces propos mais une maladresse car Roland Dumas n’a pas tout dit. Ce que Roland Dumas n’avait pas dit et ce que Mathias Destal ne dit pas, c’est que les sources de la déclaration de Roland Dumas, c’est Manuel Valls lui-même. En effet, le Premier ministre avait déclaré très maladroitement, que par sa femme, il était éternellement lié à Israël…..Fichtre… Manuel Valls n’a pas dit par mes lectures, par mon analyse politique, par mes choix personnels…non il a dit par ma femme…il s’agit bien d’une reconnaissance du poids, du rôle et de l’influence de sa femme sur sa relation avec Israël. Roland Dumas, ainsi que l’a dit Ronny Brauman, n’a pas menti ou maquillé une réalité. Pour autant être sous influence de sa femme, c’est une chose ; être dans le cadre d’un complot c’est autre chose. Roland Dumas n’a pas dit que des services secrets avaient décidé de provoquer la rencontre de Manuel Valls avec un agent de l’Etat israélien qui deviendrait la femme du futur Premier ministre pour le rendre éternellement lié à Israël et faire de lui un Premier ministre en incapacité intellectuelle de critiquer la politique d’un Etat avec lequel il serait éternellement lié. Si Roland Dumas avait dit cela, alors nous aurions eu l’exemple d’un esprit complotiste. Mais Roland Dumas a simplement tiré les conclusions de ce que Manuel Valls a dit et conclut qu’il était sous influence de sa femme….Ces propos ne peuvent pas illustrer la notion de complot ou de « complotiste » sauf à faire dire à Roland Dumas ce qu’il n’a pas dit. Mathias Destal fait preuve d’une singulière absence de rigueur intellectuelle.

Cet article qui fait donc l’impasse sur l’existence de complots (avec Marianne, il n’y aurait pas eu d’affaire du Watergate), omet d’aborder une question qui pose problème et nourrit auprès de certaines populations le sentiment souvent erroné de l’existence de complot : c’est le deux poids deux mesures qui frappent les complot7esprits pour peu que l’on jette un regard lucide et impartial sur le traitement de l’actualité. Mathias Destal nous parle de Dieudonné. Bel exemple ! Il y a un an, le Conseil d’Etat cassait une ordonnance du juge de Nantes qui avait autorisé le spectacle de Dieudonné. Les medias avaient alors fait la une sur cette position du Conseil d’Etat qui interdisait la tenue du spectacle. Ce fut un matraquage médiatique et même le Premier ministre était intervenu pour dire que les valeurs de la République avaient été sauvées par cette décision du Conseil d’Etat.

Un an plus tard, en février 2015, le conseil d’Etat, dans une nouvelle ordonnance, rendait possible la tenue d’un spectacle de Dieudonné. La rédaction de cette nouvelle décision du Conseil d’Etat par la qualité de sa motivation est un véritable camouflet juridique infligé au rédacteur de l’ordonnance de 2014. Quel fut le traitement médiatique de cette nouvelle affaire ? Y-a-t-il eu matraquage médiatique ? Y-a-t-il eu intervention du Premier ministre pour commenter cette ordonnance ? Non, rien de tout cela. Au contraire un quasi silence médiatique a accompagné cette nouvelle décision. Comment un jeune, qui tombe dans une vision du complot permanent, peut ressentir cette défaillance des medias à informer et expliquer ? Comment peut il analyser ce deux poids deux mesures autrement qu’en se nourrissant de sa vision du complot permanent ?….

Autre exemple, certains « complotistes » expliquent leurs thèses par des argumentations juridiques et des exemples dits « sourcés » (les sources sont données permettant au lecteur de vérifier les allégations). Quel traitement les medias et les politique accordent à ces productions ? : le mépris, le « blacklistage » voire l’accusation de la maladie qui gangrénerait les cerveaux de ces complotistes. Si certaines théories sont fantaisistes pourquoi en avoir peur au point de les occulter et d’insulter ceux qui les défendent ?

complot1Exemple : l’ouvrage « JFK, 11 septembre, 50 ans de manipulations » de Laurent Guyénot. La, cher lecteur, avec un titre pareil, vous constatez que je vous propulse au cœur de la sphère « complotiste » au sens où l’entend la presse mainstream. Faisons notre travail de critique ! Ce livre nous expose une théorie des agissements d’un « Etat profond » et d’une « société profonde ». Pourquoi profond ? Parceque dans l’ombre, parceque caché et pour autant, c’est cette société, cet Etat et donc ces décideurs qui tireraient les ficelles du monde visible. Le livre tente de donner un autre éclairage sur l’assassinat de JFK et sur le 11 septembre. Pour démonter les allégations d’un tel ouvrage, c’est facile. L’auteur cite toutes ses sources. Les journalistes de grande investigation n’ont plus qu’a se saisir du livre et vérifier quelques voire la totalité des sources de l’ouvrage censées attester de l’exactitude des propos et faits énoncés. Que font les medias et les hommes et femmes de pouvoir ? Rien ! Le livre est « blacklisté » et aucun journaliste ne tente de montrer au grand jour l’éventuelle « supercherie » de l’auteur….C’est curieux cette façon de faire…on finirait par croire que tout ce qui est écrit dans ce livre est vrai….et certains jeunes pensent forcement que c’est vrai en constatant l’absence de débats et de travail d’investigation et de révision du contenu d’un tel livre. Ces jeunes adoptent une fois de plus une vision d’une société entièrement complotiste.

Le danger ce ne sont pas les « complotistes », c’est cette paresse intellectuelle et ce manque de courage à ne pas discuter des thèses « complotistes » pour mieux les démonter et révéler leur éventuelle imposture. Mais souvenez vous, il y a schématiquement deux catégories de « complotistes » et la première rassemble des individus qui dénoncent, preuves à l’appui, l’existence de vrais complots. La paresse intellectuelle des medias dominants à ne pas se saisir des arguments des « complotistes » pour les analyser et montrer leur éventuelle inconsistance obéit à une peur bien réelle : celle de révéler dans le fatras des complots dénoncés quelques vrais complots irréfutables et résistant à l’analyse des faits…..Le dossier de Marianne est la parfaitecomplot8 illustration d’une absence de journalisme d’investigation et d’une peur de démonter des théories « complotistes » argument par argument, fait par fait… Ce n’est pas en s’inquiétant de la montée d’une vision « complotiste » du monde que le problème sera résolu. Pour écarter le danger d’une société ou tous les individus perdraient confiance en la parole publique, il faut se saisir des théories « complotistes » pour publiquement mettre à plat leurs postulats, vérifier les faits et analyses sur lesquels elles reposent et en tirer des conclusions sur le caractère fondé ou infondé des complots qui sont allégués. Cette démarche nécessite de se retrousser les manches et de faire fonctionner son cerveau mais c’est aussi une démarche qui nécessite peut être de révéler au grand jour quelques mensonges peu reluisants. Comme disait l’autre, « La vérité est ailleurs », c’est justement ce que pensaient certains démocrates sud-américain en voyant leur gouvernement tomber entre les ombres furtives de la CIA.

Régis Desmarais

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