Ciel ! Cessez cette pollution !

ciel6ALes lacs suisses ont la particularité d’être nombreux et de présenter un spectacle dit de « carte postale ». Tout est beau : le bleu de l’eau qui parfois bascule dans l’émeraude, les bateaux qui relient un rivage à un autre et les villes et villages qui bordent ces inestimables réserves d’eau douce. Le ciel aussi est beau surtout en été où le bleu de l’azur semble coudre son horizon à celui des eaux des lacs. Le  ciel est beau ?  Je le croyais en me dirigeant vers Lausanne pour prendre un vapeur et faire une croisière sur le haut Léman. J’étais en avance sur l’horaire de départ et je me suis assis sur un banc du jardin public aménagé en bordure du Léman. Des touristes asiatiques se photographiaient, tout sourire, avec en toile de fond le lac et le ciel. Les sourires étant toujours un peu forcés, je me suis perdu dans la contemplation du ciel et la, quelle horreur ! Face à moi, et en toile de fond des photos glamours des touristes asiatiques, se déroulait un ciel balafré, zébré, quadrillé de lignes blanches, vaporeuses. Ces lignes transformaient l’azur en un voile de brume léger mais suffisant pour rendre blafard un ciel qui était encore d’un bleu pétant à mon arrivée. L’observation du ciel portait en elle toute la cruauté d’une œuvre d’art vandalisée. De partout surgissaient des avions qui volaient en parallèle ou suivaient des trajectoires perpendiculaires au couloirs emprunté par d’autres aéronefs. En moins d’une heure, le ciel était pollué d’une sorte de vapeur blanche qui voilait l’azur et donnait au Léman l’allure d’un lac situé à proximité d’une grande ville polluée et polluante.

Avec impuissance, je me voyais imposé le spectacle d’un massacre en règle du ciel. Pire,ciel5A je me demandais quelle pouvait bien être la composition de ces trainées gazeuses lâchées dans le ciel par un nombre élevé d’avions qui, avec méthode et persévérance, voilaient le ciel et le polluaient avec des composés sont j’ignorais les effets sur ma santé, sur la faune et sur la flore.   

Ce qui m’a étonné, c’est la totale passivité des gens autour de moi. Soit, ils ne voyaient pas le carnage qui se produisait dans l’azur, soit ils s’en désintéressaient totalement. Je veux bien croire à l’inertie des masses et à la légèreté du sens de l’observation des touristes, principalement préoccupés par la réalisation de selfies, mais je n’arrive pas à me convaincre que je sois le seul à observer une telle pollution du ciel et à m’en émouvoir. Partout, des voix s’élèvent pour dénoncer les méfaits du diesel, au demeurant invisible à l’œil nu, partout des voix s’unissent pour dénoncer les industriels peu scrupuleux sur le respect de l’environnement et partout des voix portent haut le message de la nécessité du respect de la nature. C’est donc avec angoisse que je percevais autour de moi ce grand silence sur la défiguration du ciel. Ce silence m’inquiétait car il révélait l’aveuglement des hommes sur ce qu’il se passe au-dessus de leur tête, ou pire, la complicité passive de ceux qui voient et qui ne disent rien.

ciel8ALe ciel, et donc l’atmosphère qui le compose, tout comme l’eau, a ou devrait avoir le statut de bien public. Un bien public est un bien qui ne peut pas être totalement privatisé en raison de son rôle vital dans le maintien de la vie des espèces vivantes. Toute intervention sur un bien public doit nécessairement être expliquée et validée par les hommes, et donc leurs représentants. Il est impossible de laisser à un quelconque groupe, public ou privé, la liberté d’intervenir sur un bien public au risque de l’altérer ou de le corrompre. A ma connaissance, aucun débat n’a été ouvert ni aucune autorisation n’a été accordée pour voiler notre atmosphère et la polluer d’un voile brumeux et douteux.  Aucune voix ne s’est donc élevée, pendant que j’attendais le bateau à Lausanne, pour dénoncer cette intervention dans le ciel et donc dans notre atmosphère. Il est vrai, moi-même je ne me suis pas mis à hurler pour dénoncer ce que je voyais. Qu’aurais je pu faire seul contre tous ces aveugles ? Qu’aurais je pu faire contre ces pollueurs dotés de moyens techniques puissants et couteux ? Contre ces pollueurs qui agissent en toute liberté sur un bien universel et essentiel à la vie ? Dans l’immédiat, rien du tout !

La solution à la portée de tout citoyen est de témoigner de ce qu’il a vu, d’inciter les organisations de protection de l’environnement à se saisir de cette question et de se renseigner sur ce que peuvent bien être la nature et l’objet de ces trainées polluant le ciel. Chaque citoyen doit pouvoir vérifier si une telle intervention dans le ciel a été justifiée et surtout autorisée.

J’ai donc recherché sur Internet quelques pistes de réponse pour comprendre le massacre de l’azur dont j’avais été témoin. La recherche n’est pas sans révéler de surprenantes hypothèses de réponse et une absence totale de prise en main sérieuse de cette question par les écologistes lesquels sont concernés au premier plan par une telle pollution organisée par l’homme. Bien entendu, nulle trace d’une quelconque validation de cette pollution par une autorité nationale ou supra nationale.

La première explication trouvée sur le Net est celle de la conséquence « naturelle » duciel1 vol des avions. Ces derniers brulent du kérosène et produisent de la vapeur d’eau. Le terme utilisé pour désigner ces trainées de condensation est contrail..terme peu poétique. Les avions laissent dans le ciel un sillage à l’instar des bateaux qui sillonnent le Léman et comme tout sillage ce dernier s’estompe au bout de quelques minutes. L’explication est séduisante mais au cas d’espèce, elle ne semble pas suffisamment pertinente. En effet, le jour où j’ai observé le ciel, deux types d’avion se distinguaient : ceux qui laissaient derrière eux un sillage qui très rapidement s’estompait et ceux qui laissaient une quantité importante de matière inconnue laquelle se dissipait lentement et se transformait en un léger voile rendant plus pâle le bleu du ciel. De plus, les contrails sont censés se produire à partir de 8 000 mètres d’altitude. Ce jour là, je distinguais la forme des avions et pour certains les couleurs qu’ils portaient. Tous ne volaient pas à 8 000 mètres d’altitudes et pourtant ils polluaient allégrement le ciel. Par ailleurs le lendemain , je me suis amusé à observer le ciel qui curieusement n’était plus traversé que par quelques avions, qui ne laissaient aucune trainée derrière eux,  alors que la veille, une armada d’aéronefs avaient voilé le ciel. Difficile de croire que du jour au lendemain le trafic aérien civil et militaire fondait comme neige au soleil. La question du qui, du comment et du pourquoi semblait plus que jamais capitale et désespérément sans réponse.

Hélas, ma recherche sur Internet m’a révélé que mes questions resteront sans réponse. Pourquoi une telle fatalité ? Tout simplement en raison de la position de l’une des plus grandes organisations de protection de la planète, Greenpeace, laquelle déclare que toutes les photos et vidéos et témoignages relatifs à cette pollution du ciel par des trainées gazeuses persistantes et voilant le ciel ne sont aucunement la preuve d’une quelconque pollution intentionnelle. Il est fort à craindre qu’un tel raisonnement aussi expéditif et sans appel soit suivi par d’autres associations dont l’objectif est tout de même de préserver notre environnement. Selon Greenpeace, les témoignages ne valent rien car seul vaudrait le témoignage d’un scientifique ou d’un ingénieur de l’aéronautique. Sympa comme position sauf que face à des photos qui dévoilent lapollution extrême du ciel par le passage forcené d’avions, il revient à Greenpeace, en raison de son objet et de son budget, de lancer une enquête et de solliciter des scientifiques pour financer une étude sur cette question. Bref, ne venez pas voir Greenpeace avec les photos d’un navire chassant les baleines voire d’un navire sur lequel on découpe des baleines cela ne servira à rien. Il faut venir voir Greenpeace avec une étude scientifique sur le nombre de baleines vivantes et le nombre de baleines tuées par l’homme et le témoignage d’un membre d’équipage du bateau chassant les baleines…bref la stupidité du raisonnement de Greenpeace désarme : c’est à vous de faire son travail et de lui apporter sur un plateau d’argent les résultats de vos investigations conduites dans votre coin et avec vos faibles moyens. J’ignore si les autres associations de défense de l’environnement sont aussi peu curieuses pour comprendre la nature et l’origine de cette pollution du ciel, mais je commence à avoir un doute sur leur implication étant donné l’assourdissant silence de la population quand sous ses yeux on massacre un ciel d’un bleu pur et lumineux.

ciel9AInternet nous apprend aussi que pour certains ces trainées vaporeuses sont appelées des chemtrails et ont des objectifs peu louables et surement difficilement compatibles avec l’usage respectueux d’un bien public. La encore, impossible de savoir la part de vérité et de fantasme dans cette théorie. Le mystère est toujours la dans toute sa puissance et le citoyen apparaît de plus en plus comme le jouet impuissant d’intérêts qui le dépassent.

Le côté ironique de cette journée au Léman est que je terminais l’excellent ouvrage de Michael Crichton « Etat d’urgence ». Ce livre est un stimulant pour l’esprit critique et le retour à une pratique essentielle mais de plus en plus rare dans nos société : la discussion, l’échange et l’interpellation des politiques et des scientifiques pour discuter d’un sujet sans se figer dans des idées toutes faites qui seraient comme des murs empêchant de raisonner et de questionner notre monde. Nul doute que Crichton aurait vilipendé l’attitude de Greenpeace et la passivité des citoyens face à la pollution sans vergogne du ciel. Pour ma part, je ne livre que des photos prises un jour d’été au dessusciel7A du Léman pour que quiconque s’interroge et se demande comment de façon aussi géométrique et méthodique on transforme un ciel bleu et pur en un ciel lacéré de lignes vaporeuses et voilé. Bref une horreur.

A votre tour d’observer le ciel et de vous faire votre propre opinion sur la beauté de ces trainées vaporeuses et sur leur légitimité car ne l’oubliez pas : on ne vous a jamais demandé votre avis, et encore moins votre autorisation, pour cette destruction de l’azur.

Régis Desmarais.

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