Emmanuel MACRON : « This is the girl ! »

 « This is the girl ! »  Tous les cinéphiles se souviennent de cette phrase prononcée de façon robotique, répétitive et sans âme par un mafieux, limite autiste, dans une petite salle de réunion. Dans la salle : un jeune metteur en scène, à la mode, plein d’allant mais dépassé par les évènements. Il rencontre pour la première fois certains producteurs de son film. Il ne les connaissait pas mais visiblement ce sont eux qui détiennent les fonds.  Ces producteurs sont des envoyés de la mafia. Le metteur en scène sait quelle fille doit jouer le rôle principal dans sonmac4 film, il l’a déjà choisie. La seule chose qui lui manque, ce sont les dollars pour boucler son budget. Les producteurs, les mafieux se moquent du choix du metteur en scène. Ils veulent placer leur créature sur le devant de la scène, face à la caméra. Leur choix, leur actrice, sans doute leur obligée, c’est cette fille dont la photo est brandie sous le nez du metteur en scène. C’est elle et personne d’autre, « This is the girl ! » psalmodie l’un des deux types faisant face au metteur en scène .  Dans « Mulholland drive » de David Lynch, le génial Badalamenti incarne le mafieux qui répètent inlassablement « This is the girl ! » (c’est cette fille !). Cette injonction tombe comme une masse sur la tête du metteur en scène. Pour le rôle principal de son film, il doit prendre la créature choisie par les producteurs, c’est elle ou alors plus de film car plus d’argent pour le financer.

L’injonction « This is the girl ! », nous l’entendons tous les jours dans cette campagne présidentielle, sauf que dans cette campagne « This is the girl ! », c’est Emmanuel Macron. C’est lui qui doit obtenir le rôle principal dans cette élection. Le président élu ce sera lui et personne d’autre. Pourquoi ? Parce que c’est le choix de ceux qui tiennent mac5les cordons de la bourse. Macron a été choisi. Comme dans le film de David Lynch, le choix du gagnant est décidé par les financeurs. Ce n’est pas le metteur en scène, ici le peuple, qui choisit sa star ; ce sont les hommes de l’ombre qui placent leur créature. Emmanuel Macron est cette créature que l’on veut imposer dans l’élection présidentielle. Le « This is the girl ! », le « C’est cet homme ! », le « ça doit être Macron ! » est prononcé de façon robotique et lancinante par les sondages et les titres de la presse qui se succèdent avec le même message : Macron est en tête, Macron est le préféré des français, Macron est beau, Macron a rassemblé beaucoup de monde dans son dernier meeting, Macro est ici, Macron est là-bas, Macron, Macron, c’est Macron ! « This is the girl ! ».

Les financeurs, ceux qui tirent les ficelles, à l’instar des mafieux de « Mulholland drive », continuent à tirer à boulets rouges sur le candidat de la droite. Le ciel lui est peut-être tombé sur la tête mais cela n’a pas suffi. Il a osé se relever. Il a osé défier l’injonction répétitive « C’est cet homme, c’est Macron ! » et cela ne lui sera pas pardonné. Sitôt la conférence de presse de François Fillon terminée que déjà la riposte du « système » est là : François Fillon a été approximatif, la journaliste qui a interviewé sa femme ne s’est pas excusée, il a oublié des sommes versées, et le Canard en rajoute, et les sondages en rajoutent, et la presse en cœur crie à l’hallali. On nous annonce qu’il ne va pas durer. Des pythies croient savoir qu’il ne passera pas le premier tour des élections. En fait, on n’en sait rien, mais ce n’est pas grave, il faut le dire quand même au cas où un morceau de ciel resterait encore en suspens pour être basculé sur la tête du candidat/vainqueur des primaires de la droite. Ce morceau de ciel, tout le monde le connaît, c’est une bonne « mise en examen » qui nous est préparée quitte à ce que tout cela fasse « pschitt » après les élections.

« This is the girl ! », mais quelle est cette créature qui doit être imposée aux électeurs ? Un homme nouveau en politique, tout sourire, tout svelte, tout ignorant de la culture française, et certainement des autres cultures, un homme soutenu à bout de bras par les Attali, Bergé et autres…. Donc un homme nouveau en apparence mais déjà bien daté par ses soutiens. Derrière le visage presque juvénile se devinent les pattes d’oies et autres ridules…

La France, sommée de prendre à sa tête un homme qui affirme que la culture française n’existe pas, est-ce toujours la France ? Il y a comme une vision inquiétante de naufrage et de dilution dans la globalisation aseptisée.  Le caractère inéluctable de ce cauchemar ne peut que donner le vertige. Les électeurs doivent réagir. Le peuple doit se rebiffer. Ce ne sont pas les producteurs, les financiers, les banquiers, les hommes de l’ombre qui doivent imposer le nom du prochain président de la République. Ce nom doit être dicté par le peuple et sa voix doit trouver un écho retentissant grâce aux urnes et non grâce à des sondages trompeurs et à des injonctions monomaniaques « This is the girl ! ».

Les électeurs doivent être vigilants. Cette élection présidentielle se jouera exclusivement au premier tour. Le second tour ne sera que la confirmation mécanique de celui qui sera opposé à Mme Le Pen. Inutile de disperser les voix sur des petits candidats qui n’ont aucune chance d’être présents au second tour de l’élection. Inutile ou dangereux de manifester son humeur au premier tour en se disant que l’on sera plus sérieux au second tour. Dès le premier tour, les électeurs devront favoriser le candidat qui leur semblera le plus à même d’occuper la fonction présidentielle et de prendre en main le pays. Je doute que ce candidat idoine soit celui qui ignore que la culture française existe. Je doute que ce candidat soit la créature désignée par ce « This is the girl ! » proféré par des voix infatigables.

Imac2maginons un seul instant que cette injonction, « This is the girl ! » dans le film de Lynch, « C’est cet homme (Macron) » dans la campagne présidentielle, se traduise par la désignation de l’ancien ministre des finances à la tête de l’Etat… Nous aurions au sommet de l’Etat, un individu pour qui la culture française n’existe pas, tout comme sans doute la culture allemande, italienne… C’est normal car dans la logique de M. Macron nous sommes à l’échelle globalisée. Nous sommes partout chez nous et partout, c’est chez nous. Mais attention, il s’agit d’un « chez nous » à la Jacques Attali : la France, comme les autres pays, ne serait plus qu’une chambre d’hôtel. On y passe, pose ses valises, fait ses affaires puis on repart vers une autre chambre d’hôtel tout aussi insipide mais sécurisée et fonctionnelle. Tous les hôtels contemporains se singularisent par leur uniformité, leur atmosphère stéréotypée. Pour Emmanuel Macron, c’est le monde de demain : des pays sans distinction, des individus sans distinction, sans genre, sans culture, tout se ressemble, tout se vaut, tout se compense, tout s’évalue, tout se mélange. C’est la vision d’un monde uniformisé, libéré des entraves culturelles et de langue. Un monde désincarné où la religion sera celle des affaires, de la croissance, du pouvoir d’achat. Tout le monde parlera anglais, tout le monde pensera de la même façon, tout le monde lira les mêmes livres et écoutera les mêmes musiques et le monde sera fait d’une multitude d’individus isolés, dénués de tout sens du collectif mais prodigieusement sensibles à leur moi, à leur résilience, à leur bonheur dicté par des gourous. Il n’y aura plus de communauté nationale. Plus de destin commun. Il ne restera que l’immensité d’un marché mondial où tout sera fait, comme dans un hôtel, pour que les individus puissent vaquer sans entraves à leurs lucratives affaires (acheter, vendre, spéculer). Pierre Bergé, qui soutient Macron, l’a dit : « Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? ». Grand humaniste, il déclare via tweeter : « si une bombe explose sur les Champs à cause de #laManifPourTous c’est pas moi qui vais pleurer ». Il se déclare même favorable à la suppression de toutes les fêtes chrétiennes en France. C’est vrai ça, la France n’est pas un pays chrétien, disait un homme occupant aujourd’hui de hautes fonctions. On le voit, les soutiens de M. Macron ne vivent pas dans le même monde que les français. Ils ne perçoivent pas les cathédrales, les chapelles, les églises qui parsèment ce pays. Pour eux, tout est appréhendable par le marché. Seule compte l’intersection de la courbe de l’offre et de la courbe de  la demande. Vous voulez un enfant, cherchez le ventre qui correspond à votre budget ! Vous avez un organe en trop et inutile, vendez-le ! Tout à un prix, tout s’achète. N’oublions pas que la multiplication des transactions favorise la croissance.  Emmanuel Macron, c’est le saut dans un monde qui a perdu ses racines, ses repères, ou tout est slogan et fonctionnalité. Emmanuel Macron déclare sur son site de campagne qu’il se sent viscéralement français puis il déclare que la culture française n’existe pas. Que signifie pour lui être français et que représente pour lui la France et ses 2 000 ans d’histoire ?  La France de Macron aura autant d’aspérité que la surface plane d’un écran de tablette.

Bien sûr, Emmanuel Macron a l’air sympa et il doit l’être suffisamment pour prendre un verre avec lui. Le danger est là. Les électeurs doivent faire attention à la tête de gondole séduisante d’un marketing effréné. Pour gouverner un pays, il faut des équipes, des penseurs, des négociateurs etc… Or Emmanuel Macron est seul dans la lumière. Dans cette élection, on donne à voir à l’électeur le produit d’appel mais on se garde bien de montrer l’arrière boutique dans laquelle pourtant doit bien reposer quelque part sur une étagère le programme du candidat Macron… enfin le programme des financeurs. Certes il serait injuste de réduire Emmanuel Macron à un individu sans profondeur. Il se targue de bonne fréquentations intellectuelles et il cite Paul Ricœur lequel écrivait dans l’un de ses ouvrages « La visée d’une vie bonne, c’est l’estime de soi, avec et pour les autres, dans des institutions justes.», belle visée. Certes sur son site de campagne, il présente 11 personnes qui l’épaulent et se distingueraient comme citoyens engagés…on y trouve de nombreux élus, un avocat, des chefs d’entreprise… Cela sonne bien dans un certain milieu, mais encore…  

« This is the girl ! »….. Il faut vraiment revoir Badalamenti prononcer cette phrase au visage du jeune metteur en scène pour comprendre toute l’horreur d’un monde qui vous échappe, d’un monde où vous n’avez plus le choix, d’un monde où le pouvoir a pour seul objectif de placer sa créature. Tous ceux qui ont vu le film se rappellent le sort et le rôle de la créature imposée par les producteurs : elle va chanter et se trémousser en play-back… Les mots, la musique, ce sont des hommes de l’ombre qui vont les écrire. On ne demande qu’une chose à la créature : bouger les lèvres, se trémousser, être photogénique, chic et sympa. Emmanuel Macron, « This is the girl ! ».

Régis Desmarais

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10 réflexions au sujet de « Emmanuel MACRON : « This is the girl ! » »

    1. Sans doute pour les mêmes raisons que M. Érik Orsenna ne signe pas ses livres de son vrai nom. Ce n’est pas nouveau (voir George Sand). Ce qui compte c’est le contenu d’un écrit, les arguments et l’échange des idées et la discussion. Le reste n’est que contingence subalterne. Alors que pensez vous de cet article ? La est la question intéressante.

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  1. Une analyse un peu mono maniaque…
    Je pense que pour vous faire une vraie idée de ce qu’est le mouvement En Marche !, il faut vous rendre à une de ses réunions, voir l’ambiance, les échanges très riches entre participants dont les parcours et les profils sont très différents. Parmi les participants, aucun banquier de la haute finance. Que des gens ancrés dans le réel, et qui ont envi d’un renouveau des pratiques politiques.
    Je vous invite donc à passez du statut d’Observateur du monde, à celui d’acteur : l’interaction plutôt que la posture.
    Vous illustrez bien le paradoxe de l’observateur: en observant, on modifie le cours des choses, fatalement. Principe vrai en physique, mais aussi en « journalisme ». Donc un peu d’esprit critique sur ses propres pensées ne fait jamais de mal.
    Dans les comités En marche !, c’est ce que nous faisons : critiques des mesures proposées, des prises de.position lorsqu’on n’est pas 100% en phase pour faire bouger et enrichir le débat (et pas le banquier…humour !). De la démocratie participative tout simplement.

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    1. Bonjour,
      L’intérêt d’être observateur est de prendre de la distance. Etre acteur a de nombreux avantages mais aussi l’inconvénient d’être le « nez dans le guidon ». Les deux positions ont leurs défauts mais aussi leurs qualités. Dans les deux cas, ce qui ne marche pas et ce qui est malhonnête et fort mono-maniaque est la critique non étayée, l’exposé d’un point de vue gratuit, sans fondements revendiqués. Mon article n’entre pas dans cette catégorie. En effet, j’expose un point de vue que je justifie. On est d’accord ou pas, cela est normal.
      Votre commentaire, lui aussi, n’entre pas dans cette catégorie puisque, si vous me critiquez, vous le faites de façon intelligente, sincère et argumentée. Je ne doute pas que sur le terrain et dans les comités de soutien, un débat d’idées soit effectif. Je n’en doute pas car je suis persuadé que la plupart des personnes qui s’investissent en politique sont animées d’une réelle volonté de voir les choses changées. Malheureusement, je pense que vous êtes, à votre insu, instrumentalisés (les militants et acteurs) dans le cadre d’une logique de conquête du pouvoir qui ne dit pas ses réelles intentions. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les positions de M. Macron, ses revirements, la manière dont il a entretenu un rapport avec l’argent ces dernières années, son alliance avec François Bayrou, qui, excusez moi du peu, est un sacré coup de pied dans son image d’homme neuf en politique.
      Je reste persuadé que notre pays a besoin de grands changements, hélas avec M. Macron c’est comme dans le Guépard de Tomasi Di Lampedusa : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». Emmanuel Macron c’est ça : donnez l’illusion d’un changement pour aller de l’avant alors que les changements proposés ne peuvent que maintenir, et en pire, la situation de départ.
      Vous dites qu’il y a des gens qui ont envie d’un renouveau en politique dans vos réunions et moi j’ai peur que vous soyez déçus et abusés. Vous me dites que des échanges très riches ont lieu sur le terrain. Je n’en doute pas et dans ce cas, j’ai hâte de voir dans le programme de M. Macron la reprise de certaines belles, audacieuses et novatrices idées issues de ces échanges. Si le programme de votre candidat m’apparait comme audacieux et pertinent, alors je changerai mon opinion sur lui. Je ne suis pas engagé politiquement. Je reste neutre mais critique et avec une opinion que j’exprime. Les prochaines semaines seront je l’espère, pour tous les français, riches en débats et utiles pour forger définitivement notre opinion sur la meilleure voie à suivre pour l’avenir de notre pays.
      Régis Desmarais

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  2. « Macron : Ca sent vraiment le sapin ! »… A découvrir
    Le scandaleux pouvoir de Bercy qui bloque le PNF quand il veut …sur Wikipedia :
    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Verrou_de_Bercy

    Il n’y aura aucune enquête sur les finances douteuses de Macron, son affaire de Las Vegas et ses fausses declarations ISF et à la hatvp… Pourquoi ?
    Extraits :  »
    Le verrou de Bercy est un dispositif dérogatoire au droit commun: c’est en principe au ministère public d’apprécier l’opportunité de poursuites. C’est donc une atteinte majeure au principe de la séparation des pouvoirs.

    Le verrou de Bercy est une expression qui désigne le monopole qu’exerce le ministre du Budgeti sur les décisions de poursuites judiciaires en matière de fraude fiscale, en France. Si ce monopole existe depuis les années 1920, l’expression n’est devenue populaire qu’après les affaires Cahuzac en 2013, et Panama Papers en 2016. »

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