« La politique, c’est un style » et un piège pour Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, toujours taclé sur son absence de programme, a récemment déclaré dans le JDD que la politique n’a pas besoin de se fonder sur un programme car « la politique, c’est un style ». Ainsi le style serait supérieur ou du moins substituable au programme.

Qu’est ce que le style ? Walter Pater avait consacré un ouvrage à cette question. Pour cet auteur, très influencémcst8 par Flaubert, « le style, la manière, sera l’homme, non dans ses caprices irraisonnés qui ne lui appartiennent pas vraiment en propre, qu’ils soient volontaires ou affectés, mais dans une appréhension absolument sincère de ce qui est le plus réel pour lui » et pour Flaubert le style c’est « une manière unique, absolue, d’exprimer une chose dans toute sa couleur et son intensité ».

Ces réflexions de Pater et Flaubert, exprimées à propos de la littérature, nous pourrions donc les étendre à la politique.  Qu’est ce que la politique ? C’est le savoir qui se rapporte à la polis, la cité. Or, ce savoir est théoriquement aux mains de tous les citoyens parés de la vertu politique. La cité étant une communauté d’hommes qui tenaient entre leurs mains le pouvoir de prendre des décisions au terme d’un débat, ce qu’était précisément la politique.

« La politique, c’est un style » nous dit Emmanuel Macron. Suivons sa pensée sur la base de nos références littéraires et platoniciennes. « La politique, c’est un style » revient à dire que le débat entre les citoyens serait une appréhension absolument sincère de ce qui est le plus réel pour eux. Le débat se fait de telle sorte que les sujets évoqués sont abordés dans toute leur complexité, leur vérité et leur intensité. En ce sens, la définition d’Emmanuel Macron revient à placer le débat sur la gestion du pays et les enjeux de notre société au niveau d’un échange où le réel (les questions sociétales) est abordé de façon direct sans omettre ses multiples facettes. En un mot, la politique revient à se saisir des sujets qui concernent la vie des citoyens sans filtres idéologiques mais avec sincérité courage et détermination.

« La politique, c’est un style » est donc une affirmation non dénuée de sens et de pertinence. C’est même une affirmation révolutionnaire car elle pose le principe que les mensonges et les faux-semblants doivent rester au vestiaire, pour que dans l’arène des débats, on se dise les choses telles qu’elles sont.

Peut-on se dire les choses telles qu’elles sont sans préparation, de façon spontanée et sans programme donc sans support pour lancer les débats ?

mcst1Revenons aux origines même de la politique, c’est-à-dire aux philosophes grecs et plus particulièrement à Platon. Pour ces philosophes, étant donné la complexité et l’importance des affaires de la cité, on ne s’improvise pas politique sans grave dommage pour soi-même et pour ses concitoyens. Si Platon avait affirmé que le politique devait avoir une connaissance universelle du monde, le philosophe avait néanmoins posé les  principes des longues et nombreuses étapes de l’apprentissage politique. Apprentissage « qui passe par l’acquisition de qualités corporelles et morales nécessaires au bon déploiement de l’intelligence, et par l’acquisition graduelle des qualités de l’intelligence et des sciences nécessaires à l’appréhension du Bien absolu ». Pour Platon, le politique serait une sorte de « Dieu parmi les hommes » et ne serait soumis à aucune loi, mais serait la loi lui-même. Une telle représentation du politique parait excessive et bien loin de notre réalité contemporaine. Ne blâmons pas le philosophe car sa préoccupation est d’éviter que la politique soit livrée totalement à l’arbitraire du commun au risque d’engendrer le chaos.

Il ressort de ce bref retour sur les origines de la politique que se dire les choses ne s’improvise pas. En premier lieu l’homme politique doit avoir des capacités réelles pour appréhender le réel et ses capacités résultent de son apprentissage lequel se fait par l’acquisition des connaissances théoriques et des connaissances du terrain. La première connaissance du terrain étant la bonne connaissance de soi, suivi d’une connaissance de la réalité de la vie des citoyens et  de la cité. Le débat politique a donc besoin  d’être animé par des hommes et des femmes ayant des connaissances. En second lieu, ce débat animé par des hommes expérimentés ne peut avoir lieu avec les citoyens en l’absence d’un programme ne serait ce que pour ordonner ce débat de façon utile et d’éviter le chaos.  

Nul besoin d’avoir un homme politique qui serait un « Dieu parmi les hommes ». Eviter l’arbitraire du communmcst3 passe par la transparence de ce que l’on veut faire  et le débat avec le peuple sur son projet politique. Les citoyens adhèrent ou non au programme discuté en cours de campagne puis un choix est fait en toute connaissance de cause. Une fois le choix fait par les citoyens, le programme retenu, et éventuellement amendé, devient une sorte de loi dont le respect évite de plonger dans le chaos. Certes, il est possible que le chaos soit recherché par des citoyens farouchement opposés au programme débattu et validé par la majorité mais dans ce cas, nous nous trouvons dans un refus du jeu démocratique.

Ainsi de façon surprenante, la formule ramassée « la politique, c’est un style » est une vérité intrinsèquement liée à un idéal de la politique. Idéal dont notre réalité quotidienne est fort éloignée. Cette formule ne se suffit pas à elle seule sauf à en faire un slogan creux. Il est impératif qu’un programme soit proposé aux citoyens pour éviter des lendemains post-électoraux chaotiques. Exprimer les choses dans toute leur couleur et leur intensité est possible à condition de mettre sur la table tous les sujets dont on estime la présence indispensable pour déterminer la politique de la cité.

mcst2Que nous montre Macron de ce parler vrai, de cette appréhension sincère du réel : un dépôt de gerbe sur la tombe de Roger Hanin, une présentation bancale et partisane de la colonisation qualifiée de « crime contre l’humanité », une liste de mesures ressemblant à un inventaire du BHV, une volonté de se présenter comme un candidat hors système alors qu’il est un pur produit du système (ENA, Inspection des finances, Banque, conseiller technique à l’Elysée puis ministre des finances). Ces prises de position du candidat Macron montre que cet homme ne se connaît guère s’il estime ne pas être un pur produit du système et qu’il ignore les enjeux de notre monde de demain, enjeux sans liens avec la tombe d’un acteur illustre ou même un moment passé de notre histoire. Est-il utile de parler de colonisation pour aborder les défis contemporains auxquels nous sommes confrontés ? Il y a dans la démarche d’Emmanuel Macron non pas un style mais du dandysme.  A ce stade de la campagne, la phrase « La politique, c’est un style », pourtant riche de sens, se révèle n’être qu’un slogan publicitaire, creux et sans vertu. Emmanuel Macron a donc prononcé cette phrase sans en mesurer toute la puissance et sans prendre conscience que le sens contenu dans « La politique, c’est un style » faisait de lui non pas un homme politique mais au mieux un dandy à la mode (vu l’échos donné à ses propos par les médias).  Une fois de plus, notre société du spectacle a avalé une vérité essentielle  et méconnue, « La politique, c’est un style », pour la digérer et en faire une proclamation désincarnée et sans substance.

Le 2 mars prochain, Emmanuel Macron va enfin révéler son programme.  On ne doute pas que de multiples mains sont en train de noircir les pages blanches. Le 2 mars 2017, nous pourrons vérifier si Emmanuel Macron nousmcst6 propose, de façon sincère, d’affronter le réel dans toute son intensité et sa complexité. Au soir du 2 mars 2017, il y aura peut-être du monde pour débattre de l’avenir de la cité car le candidat Macron aura enfin délivré un programme. La politique reprendra alors ses droits. Certes, il y a le programme de François Fillon mais vous le savez, ce programme est occulté par la presse et le débat de se fait pas. Aux candidats à la fonction de Président de la République de reprendre le dessus et de se présenter en vrais hommes politiques qui abordent la vie et l’avenir du pays. Pour cela, il faut accepter d’ignorer les diversions qui nuisent à ce débat et se recentrer sur les questions fondamentales qui détermineront notre avenir commun. Le 2 mars prochain, nous ne pouvons qu’espérer que le débat se fasse sur la base des programmes proposés par les candidats et non sur leur turpitudes personnelles.

Régis Desmarais

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5 réflexions au sujet de « « La politique, c’est un style » et un piège pour Emmanuel Macron »

  1. « La politique est un style » est en fait le cri du coeur d’un ancien ministre qui avoue à demi-mots que les buts à atteindre sont fixés par Bruxelles et que sa participation sur « la loi Macron » ne tient qu’à des peccadilles …(un exemple: http://eur-lex.europa.eu/legal-content/fr/TXT/?uri=CELEX%3A52015DC0260)
    « La politique est un style » c’est donc le cri du coeur d’un énarque qui ne se pensant pas plus bête qu’un autre a compris que pour obéir point n’est besoin de réfléchir…On comprend le peu d’empressement à présenter un programme qui n’est qu’une « figure de style » .

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