Pourquoi François FILLON est-il attaqué avec autant de force ?

Depuis la parution de mon article « L’assassinat politique de François Fillon », une question récurrente et légitime est posée par les lecteurs et par la presse : pour quels motifs François Fillon ne serait pas le candidat souhaité par le « système » ?

La réponse à cette question est évidemment spéculative car seuls les individus issus de ce fameux « système » peuvent apporter une réponse éclairante sur les motivations des tentatives pour mettre hors de course le candidat de la droite.

drp34Je rappelle que le terme « système » est utilisé ici non pas pour désigner un groupe d’individus structurés, complices et tirant les ficelles du monde (cette représentation appartient pour le moins aux vrais adeptes du complot), mais pour désigner des individus dont les actions, sans être forcement coordonnées, se rejoignent et se combinent pour atteindre un but commun dès lors que les intérêts de ces individus, à un moment donné, se trouvent être les mêmes. Il ne s’agit donc pas d’une stratégie élaborée par des hommes de l’ombre pour chasser François Fillon, mais la conjonction d’actions menées séparément, au nom d’intérêts fondés sur des motifs sans doute variés mais qui exigent au final un résultat identique : chasser François Fillon. Evidemment seuls des hommes de pouvoir et disposant de leviers puissants peuvent envisager des actions destinées à expulser un candidat d’une campagne électorale, fut-il choisi par plusieurs millions de citoyens dans le cadre d’une primaire.

Pour essayer de répondre à la question  « pour quels motifs François Fillon ne serait pas le candidat souhaité par le « système » ? », il convient d’identifier le candidat à qui profite la dévalorisation de la candidature de M. Fillon et de mesurer les écarts majeurs qui existent entre les projets des deux candidats. Il n’est pas déraisonnable de penser que le contenu du programme de François Fillon qui ne se retrouve pas dans le programme de l’autre candidat est justement ce qui gêne le « système » et motive ses actions.

A mon sens, celui qui bénéficie de la campagne anti-Fillon est Emmanuel Macron. Attention, en disant cela, je ne dis pas que M. Macron est l’instigateur de la campagne anti-Fillon. Je pense même, au contraire, qu’il n’y est pour rien du tout. Il se trouve simplement que le « système » a fait le choix de M. Macron contre M. Fillon. Je pense que M. Macron est le candidat choisi par le « système » pour les raisons suivantes :

          M. Macron fait abondement la une de la presse et notamment de la presse people. Il est clair que tout est fait pour le faire connaître et le populariser.

          M. Macron mène une campagne que bien des candidats ne peuvent pas mener pour des raisons financières. Incontestablement, il bénéficie de moyens financiers et logistiques importants alors que, rappelons le, Emmanuel Macron est un novice en politique : il n’a jamais été élu et son expérience de ministre est courte, récente et pour beaucoup d’analystes, peu concluante.

          M. Macron bénéficie d’une présentation flatteuse des résultats des sondages. On le montre en tête des sondages alors que l’institut canadien FILTERIS a une toute autre analyse des intentions de vote des français. Certes, ces derniers jours, les sondages diffusés en France semblent montrer que M. Macron « dévisse ». Je pense que cette inflexion des résultats en faveur de M. Macron sera de nouveau corrigée par les instituts sitôt connu le programme du candidat Macron et sitôt sa campagne «relancée».

Pour toutes ces raisons, je pense que M. Macron est le candidat du « système ». Je le pense mais évidemment je n’en ai pas des preuves tangibles. Tout cela est à débattre et c’est l’intérêt de cet article : ouvrir la discussion sur la base d’éléments factuels, vérifiables et toujours discutables.

En suivant la logique de cette démonstration, il me reste à comparer les programmes. La, je me heurte à une difficulté majeure en l’absence du programme de M. Macron. Le 2 mars 2017 est proche mais nous n’y sommes pas encore. Je vais donc me fonder sur les déclarations de M. Macron pour identifier quelques lignes structurantes de son programme. Après le 2 mars 2017, nous pourrons vérifier si cette analyse est en phase avec le programme de M. Macron.

Que dit M. Macron ?

          La culture française n’existe pas ;

          La colonisation est un crime contre l’humanité ;

          La politique, c’est une magie, un style ;

          Il se veut le défenseur de la communauté homosexuelle ;

          Il s’engage à légaliser la PMA pour les couples de femmes ;

          Il ne veut pas légaliser la consommation de cannabis ;

          Il veut supprimer les cotisations chômage et maladie payées par le salarié et augmenter la CSG, sauf pour les petites retraites et les indemnités chômage ;

          Il envisage de proposer une retraite à la carte ;

          Il propose d’embaucher 10.000 policiers et gendarmes entre 2017 et 2020 ;

          etc…

Sur bien des sujets abordés, il n’y a pas un écart immense entre M. Fillon et M. Macron. A bien y regarder de près, on ne trouve dans les propos de M. Macron que des prises de position qui n’ont un intérêt que franco-français… Mais alors qu’est-ce-qui dérange le « système » ?

Tout récemment, en Algérie, Emmanuel Macron a déclaré que la colonisation est un «crime contre l’humanité». Evidemment, il ne vise que le passé, que la France et il se garde bien de critiquer les colonisations encore en cours aujourd’hui. Si M. Macron qualifie la colonisation de «crime contre l’humanité» alors il n’y a pas des nobles et des moins nobles colonisations. Fort d’une telle logique, M. Macron doit critiquer toutes les colonisations passées mais aussi actuelles. Il ne le fait pas. On voit ici l’imposture du discours et les lacunes de l’analyse. On voit ici, un message dont on ne perçoit pas vraiment la finalité, si ce n’est de brouiller l’image de la France. Les limites du candidat Macron, de son entourage et de son courage politique sont vite dévoilées. Nous avons néanmoins un indice de la démarche de M. Macron, Il faut attaquer la France et relativiser les particularités de ce pays et son passé de grande puissance.

On retrouve cette logique dans les prises de position de M. Macron : certaines mesures proposées (la retraite, les négociations salariales ou le temps de travail), se fondent sur des solutions à la carte et sur une logique de dérégulation. M. Macron, c’est « l’ ubérisation » de la société : liberté de faire avec un maximum de souplesse réglementaire, quitte à dégrader les conditions de travail des autres. Dans le discours de M. Macron, et si les mots ont un sens, dire que l’Etat est à l’origine d’un « crime contre l’humanité », reconnaître l’existence de drp2communautés au sein de la France, dire qu’il n’y a pas de culture française, cela revient à dissoudre la France dans le maelström du monde. La France n’est plus qu’une contingence historique et qui plus est blâmable («crime contre l’humanité») et ne se distingue en rien d’une culture mondiale fondée désormais sur l’absence de cultures (ou le cocktail de cultures : à force de tout y trouver, on ne perçoit plus rien de personnel et du coup d’authentiquement français). Sur ce point, François Fillon est à l’opposé de M. Macron. Pour M. Fillon, la France est un pays qui a sa culture, son identité, une seule communauté (le peuple) et qui entend préserver ses intérêts. La différence entre les deux candidats ne se remarque pas tant sur les « petites mesures du quotidien » que sur la vision du pays et sa place dans le monde. Pour l’un (M. Macron), la France est un espace ouvert au monde,  multiculturel, avec le minimum de réglementation et peut-être demain une absence de frontières pour une circulation maximale des hommes et des marchandises. Pour l’autre (M. Fillon), la France est un pays qui a son identité, qui est ouvert au monde mais sous conditions et qui organise la vie des individus dans le cadre d’un espace réglementé car protecteur face aux choix aléatoires des marchés.

On arrive donc au point fondamental qui sépare M. Fillon de M. Macron. Pour M. Fillon, la France est un pays qui entend préserver ses intérêts et sa culture alors que pour M. Macron la France n’est qu’une subdivision du marché mondial et dont les intérêts doivent se confondre avec les intérêts des puissances financières et donc du « système ».

Il est facile de constater que depuis quelques années on impose à la France de prendre des positions qui vont à l’encontre de ses intérêts et qui nient sa culture. Il suffit de voir la campagne de la ville de Paris afin d’être choisie pour les JO : « Made for sharing » ! Horrible slogan qui fait de la France un nième Etat satellite de l’empire américain.  Même M. Macron, en déplacement en Allemagne, les 10 et 11 janvier 2017, a prononcé un discours, en anglais, devant la communauté française de Berlin ! Et oui, M. Macron est le candidat de la globalisation et du marché unique mondial dans lequel les pays se fondent et se confondent, tous unis dans une culture anglo-saxonne de base.

Dans cette volonté de dissoudre la France, et donc d’aligner ses intérêts avec ceux des maîtres du monde, un point mérite toute notre attention car il singularise François Fillon de ses adversaires : pour M. Fillon les relations avec la Russie sont importantes. Or, que pouvons-nous observer ces derniers temps :

          une attaque de la Russie par le camp Macron qui accuse ce pays de tenter, via ses médias,  de le déstabiliser ;

          une mode très occidentale consistant à diaboliser Moscou et à empêcher tout Etat de mener des relations diplomatiques importantes avec ce pays.

Les intérêts des Etats-Unis et de la France ne sont pas les mêmes. Dominique de Villepin le rappelait récemment dans son ouvrage «Mémoire de paix pour temps de guerre» : la France et l’Europe doivent tendre la main à la Russie car il est dans leur intérêt de mener une diplomatie qui n’ignore pas Moscou. Que les Etats-Unis, dopés par le délire mortifère des néo-conservateurs, estiment que leur intérêt n’est pas de parler avec Moscou, c’est leur affaire. La France n’a pas les mêmes intérêts que les Etats-Unis sauf à ce que les français se considèrent vassalisés aux américains,  aux doctrines en vogue à Washington et dans les tréfonds néo-conservateurs.

Il est notable, et l’analogie s’arrêtera sur ce point, que Donald Trump a été très attaqué dans sa campagne et depuis son installation à la maison blanche en raison de sa russophilie. On l’accuse de complicité avec les russes. Visiblement ces derniers sont devenus des parias. Rappelons que la Russie est un pays dont l’histoire se mêle à celle de l’Europe : de Catherine II aux forces militaires du front de l’est qui ont rendu possible le débarquement, de Tolstoï à Pouchkine, Gogol, Dostoïevski, Tourgueniev, Tchekhov, Soljenitsyne, Chostakovitch, Khatchatourian, Prokofiev ou Schnittke, tout nous rappelle à quel point la Russie est un pays important du point de vue politique et de la culture. Pour la géostratégie, il suffit de regarder une carte du monde pour comprendre que l’Europe ne peut pas ignorer la Russie et doit entretenir des relations avec ce pays.

Vous l’avez compris, le « système » ne veut pas que des pays occidentaux, et la France en particulier, s’allient avecdrp4 la Russie voire entretiennent un dialogue avec l’ancienne terre des tsars. Or les relations entre la Russie et la France sont placées sous le sceau de l’histoire et de la cordialité : Paris dont l’un des plus beaux ponts porte le nom d’un tsar russe (Pont Alexandre III) a reçus les visites de Nicolas II en 1896 et 1901. Les citoyens russes ont une affection particulière pour Nice. Après la révolution russe, de nombreux russes blancs ont trouvé refuge en France et ont contribués à enrichir notre culture. Rappelons l’existence du cimetière russe de Saint-Geneviève des bois dans l’Essonne où reposent Noureev, Tarkovski, Poliakoff. Rappelons la récente inauguration de la cathédrale orthodoxe russe de Paris.

François Fillon n’entend pas ignorer le puissant voisin russe et encore moins l’humilier. C’est la,  l’un des « crimes » de M. Fillon : il n’entre pas dans la logique morbide et absurde de ceux qui inspirent la politique russophobe américaine et qui refusent toute alliance avec la Russie et pire, souhaiteraient peut-être même en découdre avec ce pays. Ce rapprochement avec la Russie, que souhaite François Fillon, a aussi pour objectif de  résoudre la crise syrienne. Tenter de trouver une issue à cette crise, à l’heure actuelle, nécessite de renouer  un dialogue avec Bachar El Assad. Renouer le dialogue ne veut pas dire être un ami ou un complice du président syrien. Il s’agit simplement d’être pragmatique car  ce dialogue est incontournable pour régler la crise. Cette position du candidat Fillon ne plait pas à tout le monde.

drp1Les Etats sont comme les individus : des intérêts communs peuvent les rassembler sur certaines questions mais les intérêts des uns ne sont pas forcement les intérêts des autres. Il est impératif pour la France d’entretenir de bonnes relations avec la Russie dès lors que cette politique entre dans ses intérêts. Si d’autres pays ont une vision différente des rapports avec la Russie, cela les concerne mais ne concerne pas la France.

François Fillon paye le prix fort de sa raisonnable et lucide volonté d’entretenir avec Moscou un dialogue.

François Fillon a le tort pour certains de vouloir défendre des intérêts de la France qui ne sont pas les intérêts d’autres pays. Voici au moins quelques unes des raisons qui expliquent la campagne anti-Fillon.

Régis DESMARAIS

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7 réflexions au sujet de « Pourquoi François FILLON est-il attaqué avec autant de force ? »

  1. Mr DESMARAIS a tout compris. Il a fait le « portait robot » du « Système » et donné deux raisons essentielles des attaques anti-fillon:
    1 – Vouloir renouer un dialogue avec la Russie
    2 – Vouloir renouer un dialogue avec les autorités légales syriennes pour résoudre la crise proche orientale.

    Il n’est pas compliqué de savoir qui, quelle force, quel lobby, dans « le système », refuse absolument ces deux orientations nouvelles de la politique étrangère française et pour quelles raisons. Mais nous entrons là dans les sujets tabous qu’il est interdit d’aborder en France….

    Un indice pour les curieux ? Étudiez donc attentivement les CV des grands patrons de presse qui soutiennent Macron (Drahi, Bergé, Dreyfus….etc). Étudiez les CV des proches conseillers de Macron (Guedj, Haim entre autres). Ils ont tous un point commun. Ce point commun est le même que celui qui caractérise les principaux responsables du « Russian Bashing » aux USA aujourd’hui.

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