Du bon usage de l’expression « Assassinat politique » par François Fillon

Le non renoncement de François Fillon déchaine avec une force décuplée la rage de ceux qui pensaient que le candidat de la droite allait tomber et se retirer, vaincu par les coups portés.

François Fillon reste et le mécontentement de ceux qui voulaient le voir tomber, et qui ne le voient pas renoncer, s’exprime de toute part. Le mécontentement, et il faut bien le dire son corolaire, la bêtise, car les anti-Fillon ont ceci de presque sympathique, qu’ils disent n’importe quoi faute de connaître le sens des mots qu’ils utilisent.

Exemples:

Les anti-Fillon se gaussent de l’expression « Assassinat politique ». M. Urvoas ironise sur cette expression et s’interroge de façon douteuse : «Et demain, de quoi va-t-on parler ? (…) D’extermination des candidats, d’holocauste des programmes ?».

Pour Anne Sinclair, l’expression « Assassinat politique », ça la dérange un peu. Selon cette experte en langue française « Ce qu’on appelle l’assassinat politique, c’est Jean Jaurès, Kennedy ou Anna Politkovskaïa. Ce n’est pas vraiment des problèmes judiciaires ». Anne Sinclair a une vision réduite et sanglante de l’expression.

Enfin, Le Monde, le journal du soir qui avait déjà frappé avec Décodex, possède aussi Big Browser (ça ne s’invente pas) en référence directe avec Big Brother. Ce Big Browser, nous dit Le Monde, sans pouffer de rire, est « une sorte de radar numérique censé repérer des perles numériques qui débordent dans le monde réel« . S’il détecte les perles, avouons que le plus beau collier c’est bien ce Big Browser. Le « radar du Monde » a publié un article intitulé « « L’assassinat politique », la métaphore de trop de François Fillon ». Le pseudo journaliste de Big Browser cite Jaurès, l’archiduc d’Autriche ou Kennedy pour nous dire que le vrai assassinat politique est la mort physique, par meurtre et préméditation d’une personnalité politique. A l’instar d’Anne Sinclair, la définition de l’expression frappe par sa pauvreté, son inculture et son goût du sang. Et Le Monde de rajouter, sans le moindre complexe, que les mots ont un sens même dans le flux numérique… Ah oui les mots ont un sens, et bien justement : le mot métaphore que Big Browser utilise dans le titre de son article a un sens que l’auteur de l’article du Monde ne connaît visiblement plus dans le corps de son article.

Rappelons la définition du mot métaphore, du latin metaphora, lui-même du grec μεταφορά (metaphorá,ap1 au sens propre, transport) telle que Wikipédia nous la présente : « c’est une figure de style fondée sur l’analogie. Elle désigne une chose par une autre qui lui ressemble ou partage avec elle une qualité essentielle. La métaphore est différente d’une comparaison; la comparaison affirme une similitude : « La lune ressemble à une faucille » ; tandis que la métaphore la laisse deviner, comme quand Victor Hugo écrit « cette faucille d’or dans le champ des étoiles. » Le contexte est nécessaire à la compréhension de la métaphore ; c’est le contexte qui indique qu’il ne faut pas prendre le mot à son sens ordinaire. ». Evidemment, on se dit que Big Browser a eu du mal à comprendre en lisant cette définition…

Revenons au trio Urvoas, Sinclair et Big Browser : ces derniers nous montrent leurs lacunes au sujet de l’expression « Assassinat politique ». Ce qui me gène, pour reprendre la formule d’Anne Sinclair, c’est que ces gens oublient le sens figuré de l’expression « Assassinat politique » et se permettent de donner des leçons. Ils nous expliquent avec suffisance que « l’assassinat politique » est forcément la mort physique d’une personnalité politique. Pour ces gens, il faut du sang sauf que l’expression en tant que métaphore se dispense du sang. «L’assassinat politique» est la mort politique d’une personne physique. Cette personne physique est toujours biologiquement vivante mais son personnage politique, sa capacité à faire de la politique, son image politique, son aura politique sont « morts » car vidés de tout pouvoir, dépourvus de toute légitimité. La mort politique rend impossible toute intervention d’un individu dans le débat politique : il en est exclu en tant qu’acteur. La mort politique, Mme Sinclair, est une réalité qui n’implique pas la mort physique : M. Sarkozy emploie la formule, le New-York Times a employé la formule de mort politique pour François Hollande, Jacques Caillaux, après que sa femme eu tiré sur un journaliste, verra ses adversaires s’acharner sur lui  espérant ainsi l’abattre politiquement.

« L’assassinat politique » est donc une figure de style, un sens figuré.  « L’assassinat politique » au sens figuré est donc un acte destructif et violent, un acte  profondément nocif. « L’assassinat » est une destruction, une ruine morale. Citations (extraites du site CNRTL qui devrait être utile à notre trio de choc ) :

–  « Il arrivait de là que le parti vainqueur ne se contentait pas de déposséder, il frappait ; et comme il frappait sans jugement, c’était un assassinat, au lieu d’être une justice.» B. CONSTANT, Principes de pol.,1815,

–  « Viendrait-on (…) nous dire que nous méditons l’assassinat de la littérature ou, plus simplement, que l’engagement nuit à l’art d’écrire ?» SARTRE, Situations II,1948

–   « Trouvant enfin une oreille ouverte à tout ce qui depuis longtemps surchargeait son cœur exaspéré d’ennui, il nous exposa longuement toutes les misères du soldat, les dégoûts de la caserne, les exigences taquines de l’étiquette, toutes les cruautés de l’habit, l’arrogance brutale des sergents, l’humiliation des obéissances aveugles, l’assassinat permanent de l’instinct et de la volonté sous la masse du devoir. » FLAUBERT , Par les champs et par les grèves,1848, p. 247.

–   « C’est un assassinat que d’ôter à une jeune personne tous ses moyens en lui refusant ses robes, ses chapeaux. » BALZAC, Le Faiseur,1850, I, 3, p. 183.

–   « quelle besogne accomplissait-il [Armand] depuis sa jeunesse? Et tout cela pour finir par l’assassinat moral d’une femme qui avait cru en lui ! » P. BOURGET, Un Crime d’amour,1886, p. 280.

ap3Mme Sinclair, M. Urvoas, Big Browser croyez vous, à travers ces exemples, que le parti vaincu était assassiné d’un coup de revolver ? Que la littérature était décapitée par une lame tranchante ? Que l’instinct et la volonté étaient pendus ? Qu’une jeune personne privée de ses chapeaux était guillotinée ? Qu’une femme assassinée moralement est terrassée à terre, baignant dans son sang ? Non « l’assassinat » et notamment « l’assassinat politique » peuvent être des expressions employées au sens figuré. Dans le cas de François Fillon, le déchainement médiatique est destructif et violent, profondément nocif, une destruction, une ruine morale, un anéantissement de la légitimité à intervenir dans le débat politique, c’est un véritable « Assassinat politique », physiquement symbolique. Le sang ne coule pas dans cette métaphore mais ce qui m’inquiète, c’est le goût de certains pourfendeurs de M. Fillon pour une vision de « l’assassinat politique » uniquement centrée sur la mort physique de la personne. Preuve une fois de plus de la violence que subi M. Fillon, lequel a très justement, et avec pertinence, parlé «d’assassinat politique » pour tout ce qui concerne le déchaînement médiatique à son encontre.

Pour finir et pour illustrer la mécanique subtile et vide de culture mise en œuvre dans cet « assassinat politique » où tout est bon pour affaiblir et réduire au silence M. Fillon, citons M. Hollande qui vient de déclarer « qu’il ne doit pas y avoir de mise en cause de la justice« . C’est vrai, mais dans les pays totalitaires. Dans l’ancienne Europe de l’Est, effectivement on ne remettait pas en cause le travail de la justice. En démocratie, cela est différent : la justice est faillible et son travail peut être remis en cause. D’ailleurs, rappelons au futur ex-président de la République qu’il y a des procès en révision pour corriger les erreurs de la justice et souvenons nous de la juste remise en cause de la justice dans l’affaire Dreyfus. Heureusement qu’à cette époque les français avait Zola et non Hollande pour contester une erreur de la justice.

Régis DESMARAIS

Complément :

Sur Médiapart, un lecteur a réagi à mon article en disant qu’il n’avait pas tout lu et que François Fillon s’était lui même suicidé, reprenant ainsi les mots clefs du discours médiatique actuel. Je vous communique ma réponse car elle est un complément intéressant à cet article et à cette affaire :

« Vous n’avez pas tout lu, c’est dommage et c’est le drame de notre époque et de cette affaire. Les citoyens ne lisent pas plus de 10 lignes, ne s’informent plus et ne réfléchissent plus. Les médias ont façonnés les cerveaux pour les rendre adaptés au seuls slogans publicitaires et aux injonctions lapidaires : « Fillon est ci », « Fillon est ça »…

Vous dites que M. Fillon s’est suicidé en rémunérant femme et enfants à des montants excessivement élevés (je reformule, désolé). C’est votre avis et il est assez fondé pour les montants élevés. Mais que désignez vous par la ? Je vous le dis : une faute morale et non un délit de détournement de fonds publics. C’est le coeur dramatique de cette affaire : M. Fillon a eu la faiblesse d’utiliser une enveloppe budgétaire qui lui était accordée de droit. S’il avait entièrement consommé cette enveloppe en rémunérant des attachés parlementaires non membres de sa famille, personne n’aurait trouvé à redire à cela. Pourtant, les montants dépensés auraient été les mêmes ! et les parlementaires dépensent leur enveloppe sans que quiconque y trouve à redire.

Dans cette affaire, on confond morale et droit. C’est dramatique car si les citoyens ne savent plus faire la différence entre les deux alors nous entrons dans la dictature de la morale laquelle évolue au fil du temps et des humeurs des uns et des autres.

Cerveaux calibrés pour recevoir les injonctions de messages simples + confusion entre la morale et le droit = catastrophe intellectuelle et démocratique. Nous sommes donc bel et bien entrés dans la pire des dictatures car elle est revêtue des habits d’une démocratie qu’elle n’est plus.

Vous allez voter Macron ? Alors posez vous cette question en moins de 10 lignes : « comment a-t-il pu dépenser un SMIC par jour pendant trois ans sans laisser de traces ? » « 

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13 réflexions au sujet de « Du bon usage de l’expression « Assassinat politique » par François Fillon »

  1. Encore un excellent article à lire jusqu’au bout. Je me délecte à chaque fois.
    « Assassinat politique » a plusieurs sens.
    On comprend dans la métaphore immédiatement qui est « assassiné », qui est la victime (Fillion).

    Par contre, le terme « politique » peut donner trois sens à la phrase. « Politique » fait il référence au pouvoir ou à l’homme politique? Ou aux deux?
    Est-ce un assassinat par le pouvoir politique? Est-ce l’homme politique qui est assassiné? Ou les deux?

    -dans le premier cas « politique » est un adjectif. Selon la définition du Larousse, il signifie « Relatif à l’organisation du pouvoir dans l’État, à son exercice : Institutions politiques. »
    « Relatif à une conception particulière du gouvernement, des affaires publiques : Opinions politiques. Partis politiques. »
    « Relatif à ceux qui détiennent ou qui veulent détenir le pouvoir dans l’État, l’exercer : Carrière politique. Les milieux politiques. »

    l’assassinat politique est donc un assassinat relatif à l’organisation du pouvoir dans l’état, à son exercice

    Fillion nomme le coupable de son assassinat : c’est l’état, le pouvoir en place.

    -dans le deuxième cas, l’homme politique est assassiné

    C’est l’interprétation de Anne saint-claire
    « Ce qu’on appelle l’assassinat politique, c’est Jean Jaurès, Kennedy ou Anna Politkovskaïa. Ce n’est pas vraiment des problèmes judiciaires ».

    Dans la définition de Wikipédia, L’assassinat politique est l’action de tuer une personnalité politique ciblée. Cette façon de se débarrasser d’un adversaire politique, se distingue de l’exécution par son caractère extrajudiciaire, illégal.

    -dans le troisième cas, l’homme politique (Fillion) est assassiné par le pouvoir politique en place.
    juste 2 mots pour défendre cette idée : « assassinat » « politique »

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    1. Ma précédente réponse était évidemment destinée à Aurel (à qui j’épargnerai la correction de ses fautes d’orthographe et de français!)… j’ai l’impression qu’elle a été déplacée…

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  2. Génialissime !!! vous faite l’étymologie de la métaphore mais même pas celle d’un assassinat. Vous méprisez vos concitoyens qui ne pensent pas comme vous car vous êtes persuadé de votre supériorité intellectuelle. Vous opposez systématiquement M Macron à M Fillon comme si les citoyens ne jugeait pas l’affaire Fillon pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle représente dans la campagne présidentielle.
    Les torts de M Fillon sont exceptionnels, non seulement d’un point de vue juridique – car vous simplifiez l’affaire à une utilisation d’enveloppe parlementaire ‘légalement’ ce qui reste à prouver – mais surtout d’un point de vue personnel. Au delà de vendre un programme exigeant des efforts à tous, ce que nous sommes prêt à entendre, il a démontré chaque jour un peu plus son manque de probité après s’être fait prendre la main dans le sac à détourner à titre personnel des fonds publics.
    Il est facile d’annoncer la suppression de 500 0000 ou pourquoi pas 1, 2, 3 millions de fonctionnaires en les traitant de profiteurs du système, il est beaucoup plus courageux et difficile de reconnaître que le personnel de santé, éducatif, judiciaire, douanier, policier, etc. est complètement insuffisant pour le bon fonctionnement de la société.
    A mon sens les seuls candidats valables sont ceux qui réformerons le système, non cumul des mandats, nombre de mandats limités, transparence de la vie publique. Et ceci est urgent puisqu’on le voit bien, l’once d’une idée politique intelligente pour ce pays, aucun des principaux candidats n’en a.

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    1. Bonsoir,
      Je n’ai pas fait l’étymologie de la métaphore. J’ai donné la définition de la métaphore et j’ai illustré mes propos par des exemples d’utilisation du mot assassinat au sens figuré. L’assassinat politique étant une formule au sens figuré dans certains cas et dans le cas de François Fillon, et heureusement pour lui et les siens.
      Concernant les torts de M. Fillon, je ne peux que répéter ce que j’ai plusieurs fois écrit : à ce jour ces torts sont d’ordre moral tant que la justice ne s’est pas prononcée sur cette affaire. Il est très dangereux de voir des individus se faire juge et rendre eux mêmes la justice. C’est une dérive totalitaire et donc dangereuse. Je vous invite à faire comme moi : attendre le verdict des juges pour savoir si la faute morale se double d’une faute pénale.

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    2. Pour l’étymologie de « assassin », ça vient de l’arabe, et du mot « haschisch ». L’équivalent de Daesch au XIIe siècle, dont les membres carburaient au haschisch. Voilà.
      Ça vous aiderait à nous expliquer en quoi Fillon mérite ce traitement? je suis curieuse de voir ça !

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      1. Je pense qu’il y a un malentendu entre nous. J’ai rédigé un article sur le bon usage de l’expression « assassinat politique » de François Fillon pour répondre à celles et ceux qui lui dénient le droit d’utiliser cette expression. Il ne s’agit pas d’expliquer en quoi M. Fillon mérite ce traitement mais d’expliquer et de qualifier ce que subit M. Fillon. L’assassinat politique, au sens figuré, est une action délibérée visant à expulser de la scène politique un homme politique. Il ne s’agit pas de tuer physiquement celui qui fait de la politique, il s’agit de le « tuer » politiquement et non physiquement. Toutes les manœuvres actuellement en cours ont un objet précis : rendre impossible la candidature de François Fillon et donc de faire partir M. FIllon de la scène politique. Rendre impossible, illégitime la présence d’un homme politique sur la scène politique, cela revient à l’abattre politiquement. Il est singulier de voir les pudeurs de ceux qui souhaitent voir disparaître M. Fillon tout en s’offusquant que l’on qualifie ce qu’ils font. Comme si ces personnes voulaient agir dans l’ombre pour mieux se contempler dans leur miroir et sans doute conserver la possibilité de donner des leçons de morale (politique).
        Mon propos n’était donc pas de dire que ce que subissait M. Fillon était mérité. Bien au contraire, je suis offusqué de ce qui lui est fait. Et j’appelle un chat, un chat : M. Fillon est victime d’un « assassinat politique » n’en déplaise à celles et ceux qui participent à l’hallali. Celles et ceux qui réfutent l’emploi de cette expression au sens figuré devrait ouvrir des livres de littérature pour se familiariser avec l’emploi de la métaphore ou l’usage du sens figuré pour en comprendre la puissance évocatrice et la subtilité. Dans mon article, j’ai donné des exemples puisés dans la littérature de l’usage du mot assassinat au sens figuré.
        Bien à vous.
        Régis DESMARAIS

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