Le costume ne fait pas Le Politique ni l’avenir du pays

La récente affaire des costumes de François Fillon est très instructive sur le climat actuel et les faiblesses de ce que Raymond Barre appelait le microcosme politique.

S’il est incontestable, pour qui veut ne pas raisonner en militant, que M. Fillon subit, depuis les révélations du Canard, une campagne de déstabilisation politique, il est tout aussi incontestable que l’affaire des costumes révèle des faiblesses inquiétantes du candidat.

Quelle sont ces faiblesses ? Celles d’accepter d’un personnage sulfureux, au pire moment qu’il soit, un cadeau empoisonné. Depuis le 25 janvier 2017, M. Fillon défend son honneur. Cette défense ne peut être crédible que si M. Fillon, conscient de ce que notre époque n’accepte plus, adopte une attitude exemplaire en matière de relation à l’argent et aux cadeaux. De fait, en homme averti et éclairé, un candidat qui a vécu pareil hallali depuis plus d’un mois, ne peut que refuser le cadeau de deux costumes pour une somme de 13 300 euros. D’abord ce cadeau, de part sa provenance, ne peut que nuire à l’image du candidat mais aussi, de part sa valeur, ne peut que choquer les électeurs et être incompris par ces derniers.

Comment François Fillon a-t-il pu accepter de se faire offrir deux costumes pour une valeur de 13 300 euros ? C’est incroyable et cela révèle une inconscience politique qui laisse pantois. On peut aussi s’interroger sur le rôle de ses conseillers et notamment celui de ses calamiteux conseillers en communication. Comment ces derniers n’ont-ils pas mis en place des barrières permettant de protéger le candidat des attaques venant de l’extérieur mais aussi protéger le candidat de ses propres faiblesses ? Une fois de plus c’est tout simplement incroyable.

Le problème n’est pas que François Fillon ait des faiblesses. Il est homme et tout homme a des faiblesses. M. Macron, M. Mélenchon, Mme Le Pen ont eux aussi leur faiblesse. L’important est d’avoir conscience de ces faiblesses et de mesurer leur degré de nuisance du point de vue politique et de mesurer leur inadaptation aux circonstances.

Aujourd’hui les Français sont pour la plupart soumis à de rudes épreuves. La vie n’est pas facile et ils savent que demain, on leur demandera encore de faire des sacrifices. Les Français attendent donc un maximum de rigueur morale des hommes politiques et surtout, ils attendent de ces derniers qu’ils se consacrent aux problèmes du pays  avant de se consacrer à la satisfaction de leur propre intérêt. Les Français attendent aussi de leurs dirigeants qu’ils sachent résister aux tentations et ne pas se mettre dans des situations où ils seront redevables envers des individus qui ne font rien gratuitement.

Depuis Janvier 2017, M. Fillon subi une campagne féroce contre lui. Le moins que l’on puisse attendre du candidat, est qu’il se montre désormais inflexible avec les faiblesses d’hier. Comment imaginer, que porter sur ses épaules des costumes dont la valeur cumulée est de 13 300 euros ne pourrait pas choquer les Français ? Comment ne pas se rendre compte qu’accepter un tel cadeau, alors qu’il est sous étroite surveillance de tous ceux qui veulent le voir tomber, n’est pas une forme d’auto-sabordage de sa candidature ? Comment accepter un tel cadeau d’un personnage dont l’image est pour le moins problématique ? Et comment ne pas imaginer qu’aux yeux des Français, accepter un tel cadeau, revient à se rendre l’obligé de celui qui offre  ? La réponse à ces questions est sans doute le décalage existant entre des hommes politiques qui vivent depuis des décennies dans une bulle, entourés de flatteurs, et le monde réel, c’est-à-dire le monde dans lequel vivent les Français. Ce décalage est inquiétant. Il est d’autant plus inquiétant que visiblement, même le proche entourage de M. Fillon, est lui-même coupé du reste de la société. Il est incroyable que les conseillers de M. Fillon n’ont pas tout mis en œuvre pour sécuriser le candidat c’est-à-dire le rendre inatteignable par des individus prêts à lui offrir pour plus de 13 000 euros de cadeaux et en plus, ce qui sent le piège, dans une totale absence de confidentialité.

Etrange situation où le microcosme politique se singularise par un candidat de la droite, en pleine turbulence des affaires, qui se fait offrir pour 13 300 euros de cadeaux et où un candidat de nulle part et de partout, c’est-à-dire « de la gauche, du centre et de la droite » selon sa formule, est incapable de dire pourquoi et comment il a dépensé un smic par jour pendant trois ans (cela en fait des costumes !).

Ce qui se passe, laisse un goût amer dans la bouche des électeurs lucides sur le chaos qui guette notre pays. Le candidat de la droite est affaibli car moralement il a failli et il n’a pas pris toutes les mesures qui s’imposaient depuis qu’il est la cible de ses détracteurs. Le nouveau favori de cette élection, même s’il est élu, aura toujours sur lui la critique d’avoir été élu parce qu’une affaire bien orchestrée médiatiquement aura déboulonné le candidat de la droite. Ce qui est affolant dans tout ça, c’est que désormais, quel que soit celui qui sera élu à la présidence, cette élection sera faite par défaut et entachée de la suspicion des affaires qui auront pollué le débat.  Le prochain chef d’Etat sera frappé d’une forme d’illégitimité car son élection sera le point d’orgue d’une campagne électorale détestable, ratée et dans laquelle les vrais problèmes du pays n’auront jamais été sérieusement débattus.

 Alors oui, il reste encore plus de 30 jours avant l’alternance…mais quelle alternance ? Alternance de quoi ? Du côté de M. Macron, l’alternance est un slogan qui cache une cohorte de « vieux de la vieille » qui se pressent pour récupérer leur petit bout de pouvoir et dont le rôle sera de laisser le champ libre aux banques et à la finance. Du côté de M. Fillon, l’alternance va s’incarner avec un candidat qui n’a pas totalement compris ce qu’il faut faire en réaction aux affaires et dont l’entourage trouve normal  que ce candidat reçoive des cadeaux coûteux. Si le dicton dit que c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes, il est toutefois utile de changer la vaisselle (ou de la nettoyer) et de renouveler la recette de la soupe pour la mettre au goût du jour et en phase avec les besoins des hommes.

Les besoins aujourd’hui c’est de préserver la France, son héritage culturel et les Français. Dans les prochains jours, des débats vont avoir lieu entre les candidats. Enfin, peut-être parviendrons nous à identifier, non pas l’homme providentiel sur ce point la on y croit plus, mais le programme providentiel qui répondra aux besoins du pays.

Régis DESMARAIS

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2 réflexions au sujet de « Le costume ne fait pas Le Politique ni l’avenir du pays »

  1. Il me semble que c’est MAURRAS qui disait que « le desespoir en politique est une sottise » mais au point ou nous somme rendus,à ce jour,seul un miracle pourrait empécher ce pays de sombrer dans une crise rapidement violente.

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