Message à un ami en période de campagne électorale

Mon proche, mon cher, mon très ancien, mon fidèle ami, (et vous tous),

En message privé, tu me demandes d’arrêter d’avoir des échanges politiques avec toi, publiés sur Facebook, échangés sur nos murs. Je suis perplexe.

J’ai trouvé ton message si important que j’aurai même voulu coucher sur un joli vélin ces quelques mots et te les envoyer, à l’ancienne : et puis j’ai voulu faire progressiste : la lettre ouverte c’est moderne et ça permet d’élargir mon sentiment à d’aucuns qui se reconnaîtront.

J’espère que tu prendras le temps de me lire jusqu’au bout. Tout d’abord sache que je suis profondément persuadé que ta démarche est animée par de très nobles sentiments, parce que tu n’as pas envie d’être en désaccord avec moi et que ça c’est un signe de profonde amitié et c’est réciproque.

Certes, On nous a appris « pas de politique à table ! » d’ailleurs, je t’ai trouvé absolument parfaitement élégant à ce sujet, la dernière fois que nous nous sommes croisés en ville et j’étais tellement heureux de te voir et de partager un moment festif avec toi. Mais les réseaux sociaux, c’est fait pour débattre, non ? Quand on publie quelque chose n’est-ce pas pour faire réagir ses lecteurs ? 

Certes les chercheurs débattent encore de l’effet de tels partages, tant les réseaux sociaux auraient tendance à nous cantonner dans un entourage consensuel et nous aveugler du reste de l’opinion. Pourtant nous avons eu des échanges très intéressants et cultivés, multiples également, avec d’autres personnes qui font partie de tes proches et c’est un plaisir civilisé de lire, de réfléchir, de formuler des phrases, de rebondir… Et moi justement je ne désespère pas, mon si cher et vieil ami, de te faire revenir à la raison.

Je n’ai qu’une seule question à te poser : pour qui comptais-tu voter le mardi 24 janvier 2017 ?

Je veux bien croire à la sincérité de ta réponse, et je suis sûr que dans cinq ans, nous serons d’accord. Oui, nous serons d’accord, quelle que soit la malheureuse issue des urnes de 2017, car, dans tous les cas, elle sera malheureuse pour certains, peut-être même pour nous tous si l’on n’y prend garde. Oui, les années à venir seront difficiles. Alors, autant choisir la perspective d’issue la plus crédible à améliorer notre avenir commun.

Laisse-moi te dire avec réalisme : Aucun grand homme de notre histoire n’était d’une probité totale, aucun, ça n’existe pas et la première vertu chrétienne c’est le pardon, ça ne veut pas dire qu’on oublie… On avait bien pardonné à Juppé. La politique c’est aussi un jeu de discours et de pirouettes, de raccourcis et il faut l’accepter. Toi qui es intelligent et tout en nuances, doté de recul et d’esprit, je ne peux pas croire que tu rêves (encore) à l’homme pur et parfait, providentiel et éclairé.

Je n’évoquerai pas l’impression de prétention à la détention de la pensée unique, qui se dégage de certains échanges, ni le manque d’humour dont tu as pourtant le don si attachant, ni le paradoxe qu’il y a à brandir obsessionnellement une offuscation moralisatrice pour défendre la vertu contre aucun délit ni crime avéré, confinant à la bigoterie, très amusant en l’espèce, par effet de miroir.

Comme je t’estime profondément, je ne peux pas croire que tu souhaites sacrifier pour cela notre pays à cinq ans de hollandisme de plus, simplement parce que tu es désorienté par une campagne soupçonneuse à charge, manifestement industrialisée et répétitive, sans fond avéré sauf celui évident de nuire à la sérénité du débat démocratique.

Je ne peux pas croire non plus que tu ne saisisses pas que la diabolisation de la préférence de 3 millions d’électeurs de la primaire de la droite et du centre (dont nous ne faisions pas partie, ni toi, ni moi), l’acharnement et les propos parfois orduriers déjugent ceux qui les portent, tant ils sont excessifs et manquent de chic… et surtout poussent ces électeurs (aversion à la perte) vers de plus obscures intentions de vote.

Quand bien même un quinzième du projet du candidat de la droite et du centre peut nous faire tiquer au nom de nos intérêts particuliers – pas de l’intérêt général de la Nation – À l’échelle des enjeux que nous devons braver, on se contrefiche de qui soutient qui au Trocadéro, de qui habille qui : on ne vote pas pour soi, on vote pour son pays.

C’est pourquoi je suis malheureux que tu te laisses à ce point aveugler par un personnage issu de la majorité gouvernementale, ambitieux et instable, à 100 % dans l’entre-soi de la haute fonction publique quoi qu’il en dise, avec un programme fourre-tout qui lave plus blanc, qui rase gratis et qui laisserait notre pays au mieux dans la même situation financière et administrative calamiteuse, ou pire que celle d’aujourd’hui. C’est pourquoi je continuerai à le dire : le changement c’est maintenant ! parce que … la « Révolution » : ce n’est qu’une manière giratoire de se retrouver dans cinq ans à la case départ après une large pérambulation circulaire, juste encore un peu plus abîmés par le trajet. Je t’invite à réfléchir plutôt à ce qu’il faut « Faire » …

Mon cher ami, toi que j’admire pour toutes sortes de raisons trop intimes pour cette lettre ouverte, prends le temps de lire sérieusement les programmes, il y a plein doutils en ligne pour cela.

Prends de la hauteur et du recul, réfléchis au fonctionnement de nos institutions et à la nécessité d’une majorité parlementaire durable. Nécessité bien supérieure à celle d’une opinion acquise (le quinquennat actuel en est l’illustration avec une cote de confiance présidentielle à 22 % de moyenne, dans le rouge dès le sixième mois). Sans majorité, pas de latitude pour réformer notre administration, ni libérer les énergies pour entreprendre et  éduquer, ni nous protéger efficacement.

Je t’aime profondément, depuis 20 ans, et c’est à ce titre que je te dis que personne ne m’interdira sur un espace social de communication de débattre de mes convictions, de les défendre, de les illustrer, et d’accepter qu’on en discute, qu’on les discute, avec le secret espoir de faire réfléchir sereinement, pourvu que ce soit avec esprit.
Car, comme citoyen particulier, c’est la seule contribution politique que je peux proposer : publier, échanger, faire le buzz peut-être. Car c’est ce que permet la société de communication digitale ; si c’est pour publier des photos de petits chats qui conviennent à tout le monde… on sera tous d’accord mais ça ne nous élèvera pas.

Vraiment, ça serait le contraire de l’esprit de la démocratie que d’enterrer le débat entre nous. Et ça n’empêche pas que tu sois une des personnes les plus chères à mon cœur et les plus importantes pour moi et que je puisse respecter tes convictions. 

Cultivons au contraire ce bel esprit français de la conversation ! (car oui, il y a une culture française, quand je dis ça, je ne dis rien), avec humour, avec conviction et avec panache parce que finalement, à notre échelle les conséquences auront peu d’importance, sauf de faire briller les intelligences.

Oui bien, si tu crains cette joute, ne publie que des photos de petits chats, je likerai.

Je ne te propose qu’une seule question, en ton for intérieur pour qui comptais-tu voter le mardi 24 janvier 2017 ? Prends le temps d’y réfléchir, sans réagir au quart de tour.

Je t’embrasse quasi fraternellement (et vous tous aussi) et maintenant je vais me relire des pages de programmes et décorer tous vos murs d’idées de progrès ! 🙂 Ça sert aussi à ça Facebook !

Victor REYMONENQ

_____________________

Propos de Régis DESMARAIS :

La campagne électorale est actuellement polluée par les incessantes révélations des fautes morales ou pénales, supposées ou avérées, de François Fillon. Si ce dernier est un homme politique, beaucoup oublie qu’il est avant tout, et surtout, un homme. Un homme avec ses forces et ses faiblesses, ses grandeurs et ses petitesses. Un homme comme chacun de nous et combien, parmi nous, serait exempt de toutes fautes pour pouvoir lui jeter sereinement la première pierre ?

Le débat politique se déroule aujourd’hui principalement sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook. On partage avec ses amis des publications, des informations, des points de vue. Certains ne veulent plus entendre parler de politique. Certains ne veulent plus entendre parler de François Fillon et de son programme. Il y a de l’agacement, de l’énervement. Les petites choses monopolisent le devant de la scène alors que tant de grandes choses devraient nous occuper.

Des amis peuvent se fâcher et exiger que plus un mot ne soit prononcé sur tout ce qui concernerait, de près ou de loin,  François Fillon ; plus un mot,  y compris sur son programme, comme si ce programme était moins important, moins solide, moins nécessaire et vitale pour l’avenir du pays que ne l’est l’homme qui le porte.

Victor REYMONENQ nous a transmis un message envoyé à un ami qui, dans le contexte électoral actuel, ne veut plus débattre, et ce faisant, oublie que l‘avenir de la France doit être placé au-dessus des fautes morales des uns et des autres. Il faut continuer à se parler même si des désaccords existent. Quoi de plus beau et de plus fort au sein d’un peuple que d’accepter les différences, accepter de placer au-dessus de soi l’intérêt de la Nation. L’amitié ne peut pas imposer à l’autre le silence. Au contraire, elle exige  la sincérité et ne s’épanouit que dans la liberté de parole et le droit à la parole. Ce message est aussi un message adressé à tous ceux qui ne veulent plus parler de politique car ils sont fatigués des affaires. A eux tous, ce message leur dit de surpasser le légitime doute qui peut les éloigner de la vie de la cité. Il faut surpasser ce doute et cette fatigue car il y va de l’avenir de notre pays. Chaque citoyen doit retrouver le plaisir de parler des projets, de les critiquer, de les amender même si des déceptions peuvent se faire jour vis-à-vis de ceux qui les incarnent à un moment donné.

Je vous invite à lire et relire ce message écrit par temps de campagne électorale. Ce texte est une parenthèse heureuse dans la houle de cette campagne agitée par le gong du buzz…. Merci à Victor REYMONENQ.

 

 

 

 

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4 réflexions au sujet de « Message à un ami en période de campagne électorale »

  1. Excellent argumentaire de Mr Remonenq en direction de ses millions d electeurs (de droite?) pris dans les filets de la grosse armada mediatique.
    Peut on diffuser cette lettre largement avec l accord de son auteur?

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    1. Bonjour, l’auteur n’a pas donné son accord pour une diffusion de son texte en dehors du site Irocblog. Si vous voulez diffuser ce texte, je vous invite soit à le partager sur les réseaux sociaux (via les boutons situés en bas de page), soit à copier le lien permettant d’accéder à la page de ce texte et de coller ce lien dans vos messages pour que vos interlocuteurs puissent accéder au texte sur Irocblog.
      Bien à vous.

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