Emmanuel Macron ou le coup de Gracques électoral

Emmanuel Macron est une créature au sens donné à ce mot par les hommes du XVIème siècle : l’ancien ministre de François Hollande est une « personne qui doit sa situation à quelqu’un et se fait son agent ». Une situation en politique peut être due à plusieurs personnes. Dans le cas de M. Macron, le quelqu’un à qui il doit principalement sa création d’homme politique est une personne morale. Cette personne morale est l’association de loi 1901 dénommée les Gracques. Si cette association affiche désormais son soutien franc et entier à Emmanuel Macron, il est important pour l’électeur de comprendre, d’une part, qu’il ne s’agit pas d’un soutien mais de la promotion de sa créature, et d’autre part, que la pensée de M. Macron est en fait et avant tout celle de ce groupe de pression.

La naissance des Gracques

Cette association, déclarée le 16 octobre 2007 à la préfecture de police de Paris, se définit comme un club de réflexion issu de la société, un think tank dans le monde anglo-saxon. Son objectif est d’avancer des idées de fond pour impacter le paysage politique français et le recomposer. Les Gracques veulent contribuer comme « groupe de réflexion et de pression » à la  modernisation intellectuelle de la gauche en France. Le mot est lâché : il s’agit d’exercer des pressions et donc de développer une action de lobbying  sur le pouvoir et les élites françaises. Cette profession de foi est affichée sur la page de leur site.

L’association a pris nom en référence à Tibérius et Caïus Gracchus , qui furent des Tribuns de la Plèbe de la République romaine ( de -130 à -120 av. JC ) et qui tentèrent en vain de réformer le modèle social romain, contre les patriciens du Sénat. La référence est belle, elle est antique mais porte en elle les soupçons de l’échec. En effet, les efforts des frères Gracchus furent vains. Ces soupçons de l’échec sont, en 2017, le plus dangereux des moteurs de cette association : là où les références antiques échouèrent, Les Gracques entendent bien réussir et imposer à la France leurs idées mais aussi leur créature, Emmanuel Macron.

Le visage des Gracques

L’association Les Gracques regroupe des Hauts-fonctionnaires socialistes (énarques et/ ou sortis de HEC) ayant appartenu à des cabinets ministériels de gouvernements de gauche (Mitterrand, Rocard et Jospin). Des intellectuels et autres hommes d’influence ont rejoint cette association. Présidé à sa naissance par Bernard Spitz, maître des requêtes au Conseil d’Etat, pantouflant dans le monde des assurances (Président de la Fédération française de l’assurance et du Pôle international et européen), cette association réunit ou a réuni des personnalités telles que Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire Général de l’Elysée, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, Mathieu Pigasse, Homme d’affaires, banquier, patron de presse, Denis Olivennes, patron de presse, Mathilde Lemoine, économiste, l’écrivain et académicien Erick Orsenna, l’historien au CNRS Pascal Blanchard, le professeur de médecine René Frydman, Guillaume Hannezo (gérant de FDR finance). Evidemment la liste des membres de cette association n’est pas connue. Seuls quelques noms ont filtré dans la presse mais déjà le lecteur aura reconnu bon nombre de supporters de M. Macron.

Les objectifs des Gracques

Cette association est née en préconisant une alliance PS-UDF. L’alliance Bayrou-Macron sera naturellement présentée et vécue comme la revanche des Gracques sur son précédent échec (l’alliance Ségolène Royal – François Bayrou , en 2007 ).

Le manifeste des Gracques est le suivant : ils sont démocrates, libéraux, intégrateurs, travaillistes, favorables à une régulation étatique, favorables à la répartition des richesses, progressistes, défenseurs de l’éducation, favorables au droit à la sécurité, écologistes, pro-européens, internationalistes, moraux, réalistes et désireux d’une transformation de la société. On reconnaît le méli-mélo-pot-pourri si reconnaissable dans la pensée et les discours d’Emmanuel Macron.

Les Gracques ont leur programme et ne s’en cachent pas. Leurs objectifs se retrouvent dans la Bible des Gracques ou plutôt la Rhétorique des Gracques : « Ce qui ne peut plus durer », ouvrage fondateur de la pensée Gracquienne publié chez Albin Michel en septembre 2011.

On peut extraire de cette pensée des Gracques les quelques points suivants :

  • Il n’est pas immoral de vouloir s’enrichir. L’argent que gagnent les riches n’est pas en général pris aux autres, mais créé par l’ingéniosité ou le risque.
  • Mettons fin d’urgence au tout-TGV et tout-TER. Développons donc le transport en autocars. (Ce que M. Macron a fait).
  • L’engagement durable en politique (d’un haut fonctionnaire) doit s’accompagner de sa démission de la fonction publique. (Ce que M. Macron a fait).
  • Réduire les dépenses de l’enseignement secondaire, très excessives comparées à l’ensemble des pays occidentaux : 9 milliards ; réduire les dépenses d’investissement : 4 milliards, les dépenses des collectivités (10 milliards en trois ans), les dépenses de gestion de la Sécurité sociale (quelques milliards sur 85) et des hôpitaux.
  • Pour la France, le choix n’est pas entre la rigueur, le défaut ou la sortie de l’euro. Il est entre la rigueur sans défaut ou le défaut suivi par l’extrême rigueur.
  • Disparition du statut de la fonction publique (perspective qui fait hurler les agents titulaires de la fonction publique. (voir Ces lobbies qui bloquent la France, Le Figaro, 14 juin 2013) et qui est autrement plus considérable en termes d’impacts que la suppression sur 5 ans de 500 000 fonctionnaires, ramenant ainsi les effectifs du secteur public à ceux qui existaient sous Lionel Jospin).
  • la réforme fiscale, telle qu’elle est proposée « faire payer les riches », consiste à couper toutes les têtes qui dépassent au-dessus de 6000 Euros par ménage et par mois, de leur couper les allocations familiales et les crédits d’impôt pour la garde des enfants.
  • augmentation de la TVA et de la CSG.

On le voit, le programme des Gracques ne va pas assurer un avenir radieux aux Français.

Les personnalités qui gravitent autour des Gracques

Les personnalités qui fréquentent les Gracques se retrouvent inévitablement auprès de M. Macron. Les 23 et 24 septembre 2016, les Gracques ont organisé en collaboration avec le très libéral Institut Montaigne et le Think Tank socialiste Terra Nova, « Le sommet européen des réformistes », à Lyon. La fine fleur de la social-démocratie y était invitée : D. Cohn-Bendit, F. Bayrou, Pascal Lamy, Hubert Védrine, Jean Peyrelevade, Jean-Louis Borloo. La session devait être clôturée par le Vice-Chancelier allemand Sigmar Gabriel, l’Italien Mateo Renzi, le Commissaire européen P. Moscovici … et… Emmanuel Macron. Pour information, la « cinquième université d’été des Gracques » s’est tenue le 21 novembre 2015 et avait été introduite par Daniel Cohn-Bendit pour être conclue, à son terme, par….. Emmanuel Macron !

Les Gracques et l’élection présidentielle de 2017

Ces relations entre Emmanuel Macron et les Gracques seraient dans le fond de peu d’importance si cette association ne revendiquait pas son rôle de lobbying et de pression sur le pouvoir politique français. Or, il n’y a rien de plus contraire à la démocratie que le mauvais usage du lobbying. Si certains voient dans le lobbying un outil pour faire fonctionner la démocratie, cet outil peut très vite devenir anti-démocratique : « Certaines actions de lobbying peuvent être néfastes : des campagnes sont menées de façon malhonnête, utilisant des instruments truqués, de manière secrète. Des intérêts particuliers bénéficient de privilèges politiques dont on ne rend pas compte démocratiquement. La question se pose notamment dans le cas de financement de campagnes politiques, entraînant des renvois d’ascenseur entre politiciens et lobbyistes, et dans le cas d’échanges triangulaires entre gouvernement, milieux d’affaires et établissement militaire. Des arrangements d’arrière-cour, non transparents pour le public, provoquent un degré élevé de corruption politique. ».

L’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle, déclara ainsi à Vanity Fair, sur le ton de l’évidence, que, concernant les Gracques « ce sont leurs idées qui sont aux commandes, tout simplement ! ».

Roger Lenglet et Olivier Vilain, tous deux auteurs d’« Un pouvoir sous influence, quand les think tanks confisquent la démocratie » démontrent que les think tanks ont pour point commun d’être soutenus par des groupes industriels cotés en bourse et favorables à la déréglementation économique. Leur enquête comprend une étude qui mesure le nombre de fois où les think tanks sont cités publiquement par les parlementaires et dans les médias.

Tout récemment, François Fillon a cité l’existence d’un cabinet noir de François Hollande dénoncé dans le livre  « Bienvenue Place Beauvau », cabinet dont le fonctionnement correspondrait en tout point à la critique précédemment citée des agissements néfastes de certaines actions de lobbying. Dans la dénonciation de ce cabinet noir se trouve cité le nom de Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire Général de l’Elysée et ancien membres des Gracques. Cette question de cabinet noir est si troublante que même les auteurs du livre, en interview, contredisent ce qu’ils ont écrit et pire, la presse dans un même article, semble remettre en doute l’existence de ce cabinet noir tout en citant des dénonciations de l’existence de ce cabinet. Si la confusion est totale c’est que la faute est grande !

Récemment un article fort documenté faisait un lien troublant entre les Gracques, Emmanuel Macron et l’élection présidentielle.

En conclusion, il est vital pour les électeurs de bien comprendre qui est Emmanuel Macron et de qui il est l’émanation et le «porte pensée». Ne pas ouvrir les yeux sur la réalité de ce personnage serait donner un blanc-seing à un groupe de pression dont les objectifs n’auront pas été clairement exposés aux Français avant le vote. Cela constituerait un viol de la démocratie et de l’idée républicaine.

Régis DESMARAIS

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2 réflexions au sujet de « Emmanuel Macron ou le coup de Gracques électoral »

  1. Monsieur Régis Desmarais sous le couvert, vraisemblablement, d’un pseudonyme vous développer des propos négatifs et partiaux à l’encontre de certains candidats de la Présidentielle 2017. J’aimerais que nous nous en disiez un peu plus sur votre identité? Cordialement, Paul R

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    1. Bonjour M. Paul Raynal (pseudonyme ?),

      Il n’est pas utile d’utiliser le mot « vraisemblablement » pour évoquer l’hypothèse d’un pseudonyme puisque sur la présentation de mon blog Médiapart, j’avais indiqué que j’écrivais sous couvert d’un pseudonyme. Les choses sont claires et depuis longtemps. Toutefois, il est vrai, cette mention a été depuis supprimée mais on trouve des commentaires publiés sur Médiapart par des internautes faisant référence à l’indication de l’usage de ce pseudonyme. Cette pratique est fréquente tant dans le monde des médias que dans celui des arts. A titre d’exemple, Eric Orsenna, membre des GRACQUES n’est pas le vrai nom de ce personnage dont j’apprécie le talent d’écrivain et de conteur.

      Vous écrivez que je développe des propos négatifs et partiaux à l’encontre de certains candidats mais vous ne citez pas ces propos ou du moins certains de ces propos. Vos allégations paraissent gratuites, mal intentionnées et sans doute estimez vous que développer des propos que vous ne partagez pas s’analyse comme développer des propos négatifs et partiaux. C’est court et cela révèlerait que vous êtes dans la certitude de vos positions lesquelles seraient supérieures aux autres par la grâce de votre volonté. Evidemment, vous ne pensez peut-être pas ainsi mais, comment savoir, dès lors que vous accusez sans montrer des exemples et donc des preuves de vos assertions. Sur ce point, vous êtes à la mode mais rien ne se démode plus vite que la mode.

      J’avais écrit sur mon blog que j’étais un haut fonctionnaire car c’est ainsi que l’on qualifie des agents appartenant à la catégorie A+ de la fonction publique, que je ne vivais pas sur Paris et que je n’étais pas membre d’un parti politique, ni même militant. Cela ne m’empêche pas d’avoir des opinions que j’exprime en essayant toujours de les justifier par des faits. L’analyse des faits peut conduire à des résultats divergents selon l’analyste, c’est pour cela que je mets un point d’honneur à respecter les analyses différentes des miennes et que j’apprécie la discussion sur les différences de point de vue dès lors que mon interlocuteur explique en quoi et pourquoi il ne pense pas comme moi. Dans le cadre de votre intervention, difficile d’entamer une discussion puisque je ne sais pas en quoi et pourquoi vous ne pensez pas comme moi dans l’article que vous « commentez ».

      Je n’ose pas imaginer que vous vous attendiez à ce que je dévoile mon identité réelle dès lors que j’ai fait le choix d’écrire sous pseudonyme. Ce choix a pour seul et unique objet de séparer mon activité critique et publique de la société de mes activités professionnelles. Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que tout fonctionnaire a un devoir de réserve. Ce devoir n’empêche pas de s’exprimer mais j’ai voulu être particulièrement intransigeant (et sans doute excessif) avec le respect de ce devoir de réserve. Cette intransigeance est d’autant plus nécessaire que si j’avais indiqué mon véritable nom (inconnu du grand public), on aurait trouvé ma profession et cela aurait été bénéfique à M. Fillon. Vous voyez à quel point, j’essaye de rester neutre !

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