Non à la VIème République de Jean-Luc Mélenchon !

Jean-Luc Mélenchon a sa molécule miracle pour apporter le bonheur aux Français : changer la République. Selon lui, il faut « abolir la monarchie présidentielle en instaurant un régime parlementaire stable ». En clair, il faut un Président sans réel pouvoir car le pouvoir sera entre les mains du Parlement donc … entre les mains des partis.

Il faut tabler sur l’ignorance des électeurs pour oser proposer pareil régime politique et Jean-Luc Mélenchon voit juste : trop de Français ont oublié leur histoire et particulièrement celle des Républiques qui se sont succédées depuis le 19ème siècle.

Un peu d’Histoire pour mieux comprendre la Vème République :

Après la chute de la Monarchie, la France a connu de nombreux régimes : Ière République, Directoire, Consulat, Premier Empire, la Restauration (monarchique), la monarchie de juillet, la IIème République, le Second Empire, la IIIème, la IVème et la Vème République. Tout cela, depuis septembre 1792.

Une expérience audacieuse fut tentée lors de la IIème République : l’élection au suffrage universel du président de la République. Ce dernier devait ainsi son pouvoir au peuple et non aux partis politiques. Le premier et seul président de la Deuxième République fut Louis Napoléon Bonaparte. Fort de sa légitimité acquise par son mode d’élection, le prince-président s’émancipa vite des partis et surtout, faute de pouvoir briguer un second mandat, il fit un coup d’Etat qui conduisit au Second Empire. La manœuvre de Louis Napoléon Bonaparte marqua durablement la mémoire des hommes politiques au point que plus jamais avant la Vème République, un président ne fut élu au suffrage universel.

Le IIIème République, en dépit de sa durée exceptionnelle (c’est à ce jour, le régime qui a connu la plus longue durée depuis la Révolution française) ne fut pas dotée de Constitution mais fonctionna avec de simples lois constitutionnelles. Il faut rappeler que ce régime avait été mis en place pour faire la jonction institutionnelle entre la chute du Second Empire et la montée sur le Trône du comte de Chambord. Un différend sur le drapeau français en décida autrement : de restauration monarchique il n’y eu point et la IIIème République installa le provisoire dans la durée.

Sous la IIIème République, le « président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible ». Ce président est doté de pouvoirs réels et peut, arme suprême, dissoudre l’Assemblée nationale. Toutefois, après le départ du deuxième président de la IIIème République (le Maréchal de Mac-Mahon), la gauche va vite imposer sa propre conception des institutions, marquée par la domination des chambres, à travers la « constitution Grévy » véritable mutation du régime en dehors de toute révision formelle du texte fondateur. Qu’est ce que cette « constitution Grévy » ? C’est l’abandon du droit de dissolution joliment habillé par l’intention de ne jamais aller à l’encontre de la volonté nationale. Il faut évidemment entendre ne jamais aller à l’encontre de la volonté des partis. Tous les autres présidents de la IIIème République appliqueront ce principe et deviendront des présidents qui « inaugurent les Chrysanthèmes », c’est-à-dire des présidents qui occupent un poste honorifique et prestigieux, sans disposer d’un pouvoir réel pour modifier le cours des choses. Le vrai pouvoir sera entre les mains du président du conseil et de l’Assemblée.

La IVème République, née après la seconde guerre mondiale, reprendra l’esprit des la IIIème République : un régime strictement parlementaire, un pouvoir exécutif réel exercé par le président du Conseil (élu par l’Assemblée nationale sur proposition du président de la République) et non par le président de la République qui a un rôle honorifique, tout en demeurant le chef des armées. Le président de la République pouvait dans ce régime dissoudre l’Assemblée mais dans des conditions très strictes.

La IIIème et la IVème République se caractérisèrent par une forte instabilité des gouvernements qui tombèrent selon la volonté de l’Assemblée nationale, des alliances fluctuantes des partis et de l’humeur des hommes forts du Parlement.

La IIIème République a connu 109 Gouvernements en 69 ans et 5 mois d’existence ce qui fait, pour un Gouvernement, une durée moyenne d’un peu plus de 7 mois et ½ !

La IVème République a connu pour sa part 24 Gouvernements en 12 ans d’existence ce qui fait une durée moyenne de 6 mois pour un Gouvernement !

L’instabilité politique était totale et dans ce cadre, il était fort difficile de conduire des politiques ambitieuses sur le moyen et le long terme.

Pour sa part, la Vème République a connu 39 Gouvernements en 58 ans soit une durée moyenne de presque 18 mois par Gouvernement ! On le voit, la stabilité est de rigueur (certains Gouvernements ont duré plusieurs années).

Le danger de la VIème République :

M. Mélenchon, nous propose de revenir à M. Grevy : un président faible et des partis forts. Retour sur le passé mais aussi meilleur moyen de rendre la France quasi impuissante face aux défis du monde actuel.

Quels sont ces défis ? Faire face à une situation internationale dangereuse, assurer le maintien de l’identité française et ne pas se laisser totalement vassaliser par notre allié américain en se laissant imposer des traités fallacieux destinés à assurer des débouchés pour les producteurs américains, faire front aux banques et aux fonds de pension dont la puissance dépasse celle de nombreux Etats et amorcer des changements audacieux et radicaux dans nos modes de vie afin de mieux prendre en compte l’environnement et nos ressources naturelles limitées. La liste n’est pas exhaustive.

Ces défis ne peuvent être appréhendés que par un pays dont le régime politique assure la stabilité de ses Gouvernements et la présence d’un chef d’Etat fort et capable de tenir tête à des réseaux de pouvoir puissants. En un mot, il nous faut conserver la Vème République, en améliorant sans doute certains aspects de son fonctionnement. Passer à une VIème République tel que le veux M. Mélenchon revient à se désarmer face à un monde dur et sans pitié pour les faibles.

L’utopie de cette VIème République est constitutive d’un danger extrême pour la France et les Français. Il ne faut pas oublier son histoire et se souvenir que si la Vème République est née, c’était pour tourner la page des précédentes Républiques où la France était quasi ingouvernable et où les élus passaient la plus importante partie de leur temps à défendre des intérêts personnels et à négocier un portefeuille ministériel. Revenir à une situation aussi détestable est une façon étrange de prédire aux Français un avenir meilleur. Proposer aux Français d’abandonner leur voiture pour une trottinette ne semble pas, vu l’état du monde, une idée remarquable. On va partir, certes, mais avec notre trottinette on n’est pas près d’arriver à destination !

Ce matin, des militants de la « France insoumise » (à quoi ? mystère) m’ont remis un tract. Sa lecture est édifiante : il y est indiqué que « Je respirerai un air plus sain », « Je mangerai mieux », « Je serai mieux soigné », « Je vivrai en sécurité » … slogans à la profondeur de l’industrie à rêve Hollywoodienne. Cette lecture donne le sentiment d’être pris pour un naïf. Le coup de grâce venant avec cette formule « (…) je vais pouvoir dégager ceux qui ont gouverné depuis 15 ans comme MM Fillon, Macron et le PS. » Ah oui ? Pourquoi 15 ans et pas plus…ah oui, c’est vrai, M. Mélenchon fait de la politique depuis 41 ans ! Il a été ministre délégué à l’Enseignement professionnel de 2000 à 2002, auprès de Jack Lang, dans le gouvernement de Lionel Jospin et il a été sénateur du 28 septembre 1986 au 27 avril 2000, puis du 26 septembre 2004 au 7 janvier 2010, c’est-à-dire 18 ans et 11 mois à fouler les épais tapis du palais du Luxembourg… Mélenchon révolutionnaire ? Vous plaisantez sans doute ! C’est une plaisanterie comme l’est cette fixation sur une VIème République, mais là, il y a danger !

Le tract distribué n’indiquait pas que « Je dormirai mieux », c’est assez honnête car si M. Mélenchon est élu, je pense, comme beaucoup de Français, que je dormirai mal et même très mal en observant la destruction de nos institutions actuelles, solides remparts contre les assauts violents d’un monde sans foi, ni loi.

Régis DESMARAIS

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