L’alternative républicaine à un vote Macron au second tour

Le thème du front républicain est de nouveau dans tous les discours politiques. Face à la représentante du Front national, il ne pourrait y avoir d’autres alternatives que de voter pour M. Macron.

Cette présentation de l’élection comporte en elle toutes les contradictions du système politique actuel mais encore plus, toutes les contradictions idéologiques de ceux qui se targuent d’être de vrais démocrates.

Le principe de la démocratie est que les électeurs choisissent entre des candidats habilités à se présenter celui qui les représentera et celui à qui sera délégué le soin de conduire le pays vers un futur forcément souhaité comme meilleur. Les électeurs ont eu le choix entre 11 candidats : ils en ont sélectionné deux puis bientôt un seul. Aucun de ces 11 candidats ne s’est présenté spontanément et naturellement dans la course présidentielle. Tous les candidats ont suivi un parcours fléché par les institutions :

  • casier vierge,
  • obtention de 500 parrainages par des élus qui doivent provenir de 30 départements et collectivités d’outre-mer différents,
  • vérification par le Conseil constitutionnel que le candidat souhaite bien participer à l’élection présidentielle (Un candidat ne peut être désigné contre son gré),
  • signature par le candidat de deux documents concernant sa situation patrimoniale (une déclaration de patrimoine et un engagement à publier une nouvelle déclaration à la fin de son quinquennat s’il est élu)
  • et enfin validation par le Conseil constitutionnel de la candidature.

Mais cela ne suffit pas car les candidats sont toujours soutenus par un parti, ce dernier fut-il créé récemment et même dans le seul but de soutenir la candidature de son mentor.

Pour créer un parti politique (les partis sont reconnus officiellement depuis 1958), il « suffit » de créer une association loi 1901 à caractère politique et aussi de créer une association de financement (association loi 1901) ayant pour objet exclusif de recueillir les fonds destinés au financement des activités politiques du parti (un mandataire financier, personne physique déclarée en préfecture peut être une alternative à l’association de financement).

Mais cela ne suffit pas encore. En effet, si la création d’un parti est libre, les partis « doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ». Comme toute association loi 1901, un parti politique peut être dissous s’il a été formé « en vue d’une cause ou d’un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes mœurs, ou qui aurait pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire national et à la forme républicaine du gouvernement » (article 3 de la loi du 1er juillet 1901). La dissolution peut être prononcée par décret en Conseil des ministres ou par le tribunal de grande instance.

Le 23 avril 2017, les Français ont donc sélectionné deux candidats parmi 11 candidats dont la présence ne doit rien au hasard et à la spontanéité. La présence de Mme Le Pen a donc été passée au filtre des garde-fous républicains qui protégent la République et notre démocratie des dérives contraires à ses principes fondamentaux. De fait, rien n’est plus contraire à l’idée de démocratie que de dénier à l’un de ces 11 candidats le droit de se présenter à l’élection présidentielle et de culpabiliser des électeurs tentés de voter pour ce candidat. Soit on estime que Mme Le Pen est la représentante d’un parti contraire à notre démocratie, et dans ce cas, ce parti doit être dissous ; soit on valide l’existence du parti de Mme Le Pen et dans ce cas, on traite ce parti comme les autres partis. Visiblement, le parti de Mme Le Pen n’a pas été dissous ; il participe donc de manière légitime au processus démocratique. On ne peut pas prétendre vouloir sauver la démocratie et lutter contre le fascisme en empruntant des méthodes que l’on dénonce. De fait rien n’est plus anti-démocratique que la campagne destinée à ostraciser les électeurs de Mme Le Pen ou ceux qui ne voteront pas pour M. Macron le 7 mai prochain. On doit se comporter vis-à-vis de ces électeurs comme on se comporte vis-à-vis des électeurs de M. Macron. Adopter une attitude contraire revient à adopter des comportements totalitaires et non démocratiques.

Le processus électoral s’est déroulé et deux candidats ont été sélectionnés. Le principe même de la démocratie implique que les électeurs se prononcent sur ces deux candidats avec les outils que les institutions ont mis entre leur main : soit voter pour l’un de ces deux candidats ; soit voter blanc puisque ce vote est désormais décompté, soit s’abstenir. Le vote nul (bulletin barré) n’a plus aucun sens car ce qu’il était censé représenter aux yeux des électeurs qui choisissaient ce vote (marquer son mécontentement vis-à-vis des candidats proposés) peut s’exprimer par le vote blanc (1,78% des votants du premier tour ont témoigné de leur insatisfaction vis-à-vis des candidats présents).

Il ne sert donc à rien de jeter l’opprobre sur les électeurs de la France insoumise (FI) qui se refusent à voter Emmanuel Macron en les menaçant, à mots couverts, d’être des fascistes ou des inconscients politiques. Cette attitude vis-à-vis des électeurs de la France Insoumise est même assez paradoxale car ces derniers agissent en totale cohérence avec les idées qu’ils ont soutenues. En effet, on voit mal comment un électeur de la FI pourrait voter pour M. Macron qui représente, par sa personne et ses idées, ce que la FI rejette avec force. D’une certaine manière, on reprocherait aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon d’avoir des idées et un projet politiques ce qui est quand même la moindre des choses en politique. Les culpabiliser pour qu’ils votent Macron revient à dévaloriser la notion d’idée et de projet politiques pour placer l’élection sur des critères irrationnels (Macron est jeune, Macron est l’alternance, Macron présente bien, Macron etc…) et surtout non politiques.

Culpabiliser des électeurs qui refusent de voter pour un candidat dont ils ne partagent pas les idées revient à déconsidérer la politique et à rendre le processus électoral pour un grand moment de spectacle sans fond et qui se termine à la Rotonde. C’est pourquoi, tous les électeurs qui déclarent ne pas vouloir voter pour M. Macron sont légitimes à le faire et sont cohérents avec eux-mêmes. Ne pas voter Macron ne signifie pas voter pour Mme Le Pen. Je rappelle que notre démocratie prévoit deux alternatives : le vote blanc ou l’abstention. Ces alternatives font partie intégrante du processus démocratique, les renier revient à faire basculer la démocratie dans un régime totalitaire.

Il y aura encore et toujours, malgré ces explications, des individus pour dire « Si vous ne voter pas pour M. Macron, vous favorisez Mme Le Pen ». A ceux la, je répondrais que les Français ont fait le choix de placer M. Macron et Mme Le Pen au second tour de l’élection et que si Mme Le Pen était élue alors ce serait au terme d’un processus démocratique. On ne peut pas défendre la démocratie quand les résultats des votes nous plaisent et la rejeter quand ces résultats nous déplaisent. Le vrai démocrate se distingue en acceptant ce que la majorité a décidé même si ce choix lui déplait.

A ceux qui seraient tentés de dénier le droit de voter blanc ou de s’abstenir en invoquant le risque extrémiste de Mme Le Pen, je rappellerais que si le parti de Mme Le Pen défend un programme que je considère dangereux pour le pays, ce que représente M. Macron est tout aussi dangereux : l’extrémisme du marché, la dérégulation et la recherche exacerbée du profit ont sans aucun doute eu des effets sur la planète aussi pire, si ce n’est plus, que les totalitarismes du passé. A ma connaissance, la disparition accélérée des espèces animales, le réchauffement climatique, la pollution généralisée de notre cadre de vie, les choix mortifères du tout nucléaire, les délocalisations des entreprises pour maximiser leurs profits, le développement de la pauvreté, la dérégulation, tout cela est le résultat de ce que M. Macron soutient et veut encore développer. Le deuxième tour nous donne à choisir entre deux candidats dont on peut suspecter légitimement la capacité à répondre aux besoins des Français, mais c’est le résultat d’un processus démocratique.

Enfin, je rappellerais aux faux démocrates qui se plaisent à dire aux électeurs qu’ils doivent impérativement voter pour M. Macron, qu’il existe un troisième tour : les élections législatives. C’est tout de même un atout de notre Constitution actuelle dont je rappelle l’article 20 : « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. / Il dispose de l’administration et de la force armée. / (…) ». Le vrai pouvoir sera issu du Parlement. Il n’y a donc aucune raison d’obliger les électeurs à choisir M. Macron dès lors que ces électeurs pourront constituer une Assemblée qui fera du président de la République un président juste bon pour inaugurer les ronds points et les crèches.

Il n’est donc pas nécessaire de donner l’illusion à M. Macron qu’il est soutenu par 62% des Français. Son programme est un programme dangereux pour la France, son identité et ses chances de survivre dans un monde toujours plus violent. Il y a une alternative à la reconduite du précédent quinquennat, à la banque et à la finance : le vote blanc ou l’abstention et une participation forte aux élections législatives de juin prochain pour enfin donner à la France une majorité parlementaire et un Gouvernement qui seront soucieux de ses intérêts et des intérêts des Français.

Régis DESMARAIS

 

 

 

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5 réflexions au sujet de « L’alternative républicaine à un vote Macron au second tour »

  1. Belle analyse certainement à adresser aux « responsables » de LR et du centre.Je rajouterai à vos arguments de rejet du candidat »chalutier » MACRON la poursuite probable de la politique libertaire de son prédécesseur(et mentor) et des ses affidés que l on retrouve aussi dans les rangs de LR et du centre.

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    1. Bonsoir et merci de vos nombreux commentaires positifs. J’ignore si cet article peut intéresser des « responsables » LR ou du centre. En tout n’hésitez pas à partager cet article autour de vous si vous le trouvez pertinent.
      Bien à vous
      Régis Desmarais

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  2. j ai envoye votre article à des responsables de LR mais on a bien compris qu actuellement LR est en voie de decomposition vu les consignes majoritairement en faveur du vote Macron. En fait les tetes tentent de sauver leur peau au detriment des leurs electeurs…
    Dans ces conditions,l electeur non seulement ne votera pas MACRON mais il se portera vers MLP plutot que blanc ou abstention.(vote non  » productif »)
    Strategiquement pour les legislatives,il faut que l ecart entre les deux candidats soit le plus faible possible et dans le meme temps,les investis pour LR ne fassent plus mention de cette marque sur leurs documents de campagne.

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  3. J’avais déjà décidé de m’abstenir si M. Mélenchon n’était pas au second tour, simplement parce que je ne conçois mon vote que comme une adhésion à des idées, à une politique. Aussi entre deux maux je ne choisirai pas le moindre.
    J’ajoute que par acquis de conscience j’ai lu plusieurs choses sur le pouvoir du président de la république en cas de cohabitation ou de non majorité parlementaire. Constat le danger du fascisme au pouvoir est soit bien moindre que ce qu’on veut bien nous faire croire, soit inéluctable.
    Rien dans tout ça pour me faire changer d’avis…
    Cela étant, après la colère et la frustration reste un sentiment de tristesse voir de dégout de notre modèle médiatico-politique qui a permis et même favoriser une campagne quasi-dépouvue de fond. La comm à remplacé la politique… Dans mon beau pays comment cela est-il possible ?

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