Demain, une nouvelle droite française

La droite française vient de subir un traumatisant échec à l’élection présidentielle. L’échec marque d’autant plus les esprits que tout semblait lui être favorable : une primaire réussie dans son organisation, une présidence finissante la plus impopulaire de la Vème République, et un candidat qui avait longuement préparé son programme et organisé sa campagne. Malgré tout cela, la droite n’aura pas franchi le premier tour de l’élection présidentielle. Sort cruel mais non déshonorant pour son candidat qui a fait un score supérieur à ceux de Jacques Chirac en 1995 et 2002 ; sort cruel mais sort partagé aussi par le parti socialiste.

La vie politique dans une démocratie est une succession d’échecs et de réussites. Cette alternance entre les jours heureux et les jours malheureux est un signe de vitalité dans une démocratie. Pourtant, il est difficile pour l’élection de 2017 de parler de la bonne santé de notre démocratie dès lors que l’alternance politique annoncée, et naturelle après un quinquennat calamiteux, n’aura pas lieu. Certes, les apparences donnent l’illusion de l’alternance et même d’une révolution avec l’arrivée au pouvoir d’un homme « nouveau » à la tête d’un mouvement vieux d’à peine un an. Mais à y regarder de plus prés, la nouveauté n’est que cosmétique car les hommes de pouvoir, aux commandes depuis quelques années, resteront au pouvoir sous le nouveau président. M. Macron dont chaque déclaration sonne faux (il aurait fait un très mauvais acteur) incarne à la perfection le déclin de notre société. Un dysfonctionnement majeur perturbe notre vie politique. Comprendre pourquoi l’alternance tant souhaitée par les Français n’aura pas lieu est désormais un impératif de survie pour notre démocratie.

Si la droite est dans l’obligation d’analyser et de comprendre les raisons de son échec, le calendrier électoral ne lui permet pas de conduire cet exercice immédiatement et de façon approfondie. L’urgence pour la droite française est de préparer les élections législatives à venir. Les préparer, c’est réaliser au moins deux choses : se mettre d’accord sur un projet de Gouvernement à proposer aux Français et désigner dans chaque circonscription électorale le candidat le plus apte à être élu mais aussi à jouer un rôle utile et efficace dans la nouvelle Assemblée nationale. La cohabitation immédiate, dès le début du quinquennat Macron, est l’ultime soupape de sécurité pour éviter la dislocation du pays. Désormais, le mieux pour la France sera d’avoir un président de salon parfait pour les couvertures de magazine tandis qu’un Gouvernement de cohabitation conduira la politique de la France et les réformes nécessaires. Une exigence d’efficacité pèse donc sur la droite à court terme si elle veut être en mesure de proposer une alternative crédible aux Français. Cette exigence implique et même exige de laisser les querelles de personnes et les désirs de règlements de compte dans les tiroirs. Rien ne serait plus improductif et de plus désolant que de voir des représentants de la droite s’étriper devant les Français alors que notre pays a besoin d’une cohabitation pour mener à bien l’alternance nécessaire et paralyser les hommes au pouvoir depuis l’arrivée de M. Hollande.

Dés maintenant, les Républicains, les centristes et tous les autres membres de la droite républicaine doivent s’atteler à l’élaboration d’un projet politique utile au pays et soutenable pour les Français et notamment les plus fragiles. Sur ce point, les déclarations d’Alain Juppé sur la nécessité d’introduire de l’humanisme dans le projet politique étaient frappées du bon sens. Le travail ne sera pas facile car il devra être mené sans heurter tous ceux qui jusqu’à présent se sont impliqués dans cette élection présidentielle. Le changement de politique passe aussi  par le changement des mentalités et des comportements. La campagne des législatives sera conduite par François Baroin. Aucune compromission avec Emmanuel Macron ne doit être acceptée car cela serait très mal compris des électeurs qui se sentent mis à la porte de l’élection présidentielle pour de mauvaises raisons. François Fillon vient de rappeler le danger de la tentation du vide

Une fois l’étape des législatives franchie, la droite va devoir sérieusement remettre à plat son mode de fonctionnement, sa compréhension du monde, sa capacité d’écoute et de dialogue avec les Français. Il sera nécessaire de décrypter les mécanismes qui ont conduit à l’échec de la présidentielle. Certains, avec pertinence, rétorqueront que ce travail d’analyse et d’introspection critique  desservira le Gouvernement de cohabitation en réveillant ou attisant des rancœurs et des oppositions. Cela est vrai si ce regard critique est conçu et perçu comme un outil pour « sulfater » d’improbable responsable de l’échec. Cette façon de faire est d’un autre âge. En fait, le travail de compréhension de ce qui s’est passé et d’identification des faiblesses ne pourra se conduire efficacement que corrélé à un décryptage du mode de fonctionnement de nos sociétés contemporaines et notamment de la réalité de leur gouvernance. (Où, comment et par qui s’exerce le pouvoir). Ce travail ne peut se faire que de façon sérieuse et ne peut pas être conduit en se nourrissant  d’attaques de personnes, de polémiques et de déclarations fracassantes et accusatoires contre un tel ou un tel. Ce travail  aura une ambition et une portée qui dépasseront le seul intérêt de la droite car il sera le fondement nécessaire à tous les projets de développement futur. Pourquoi une telle dimension à ce travail de compréhension ? Tout simplement parce que l’élection de 2017 est la première d’une nouvelle ère dans laquelle entre l’humanité. Cette ère est celle d’un monde où les sciences, les techniques et la finance ont généré une concentration inouï du pouvoir en quelques mains et une explosion du modèle classique de la vision de l’homme dans la cité, de son avenir et de son rapport aux réalités multiples d’un monde où le virtuel se mêle au réel. Cette nouvelle ère est celle des déconstructions diverses (le genre, l’identité, le rapport à la mort), des dangers planétaires (le terrorisme, le nucléaire, les pollutions, le climat, les maladies), du rapport à la réalité multiple (le monde devant nos yeux, le monde représenté par les écrans) et donc des reconstructions à venir.

Il faut toujours tirer des échecs une force et des enseignements. Ce que la droite a vécu au cours de cette campagne électorale est un sérieux coup porté à son modèle classique de fonctionnement. Ce modèle est dépassé et déphasé avec le monde d’aujourd’hui. L’échec de la présidentielle doit être la prise de conscience que tout doit changer mais pas pour que tout reste identique. Le monde de Giuseppe Tomasi di Lampedusa est bien mort pour les prochaines années car ces prochaines années seront les années intermédiaires du passage de l’ancien monde à une nouvelle ère de l’histoire humaine.  La droite doit déconstruire l’image collée (souvent à tort) à son courant de pensée (absence de prise en compte du social, préservation des rentes, absence de modernité etc…). Ce qui est aujourd’hui la droite ne doit pas se laisser déposséder d’une image de progrès que rêve de s’approprier exclusivement M. Macron avec son ambition de construire en France un parti démocrate à l’américaine et donc un parti dit du progrès. La droite doit réagir et cette réaction ne doit pas aboutir à construire en France le pendant du parti républicain américain. Cette réaction doit être créative et conduire à l’émergence d’un parti au service d’un nouveau projet pour le « vivre ensemble ». La droite a désormais la formidable opportunité de renaitre et de proposer aux Français l’écriture d’un scénario destiné à faire de demain un monde où il fera bon vivre. Encore faut-il avoir l’ambition d’écrire ce scénario et de vivre ensemble un avenir heureux et choisi par les citoyens.

La droite a-t-elle le choix de ne pas se mettre à nu pour choisir de nouveaux habits ? La réponse est positive dans l’illusion mais négative dans la réalité. La droite n’a pas le choix. Elle doit procéder à cette mue révolutionnaire car, qu’elle le souhaite ou pas, le monde est en train de se métamorphoser de façon radicale et cette métamorphose est un puissant courant qui pulvérisera tous ceux qui tenteront de résister ou d’ignorer cette force inouïe qui nous conduit dans une nouvelle ère de l’histoire humaine.

Régis DESMARAIS

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