La calvaire des guides conférenciers parisiens

La scène est brève mais d’une particulière violence. On voit une jeune femme, le visage en partie protégé par un carton, se précipiter sauvagement sur une autre femme qui filme la scène.  Déterminée, « l’agresseuse » l’invective et, sans la moindre hésitation, tente de lui planter un stylo dans la main. Les cris fusent et au milieu de ces cris, le mot pickpocket est lancé de façon accusatoire et comme un avertissement pour tous ceux qui viendraient à croiser la jeune femme hystérique et ses complices que l’on devine aux alentours. Le spectacle n’est pas rassurant. La femme agressée est une guide conférencière et l’agresseuse est une pickpocket. La guide déclarera « elle s’est précipitée sur  moi, m’a blessée un peu à la main avec son stylo, je pense volontairement, et m’a menacé plusieurs fois, dont la dernière fois, en me disant que sa bande allait venir et me casser la gueule. « Tu es morte », a-t-elle ajouté et a dit aussi que mon téléphone portable, ils allaient le casser… ».

Scène brutale et édifiante car l’agresseur et ses complices semblent agir avec un total sentiment d’impunité. La rue est leur royaume et dans ce royaume, ils sont les rois. Beaucoup trouveront ce fait banal. De nombreuses banlieues françaises sont aujourd’hui des espaces de non droit où la violence est le quotidien des habitants. La singularité de cette scène, est la beauté du décor : nous sommes place de l’étoile, à quelques mètres de l’un des plus emblématiques monuments de Paris : l’Arc de triomphe !

Des touristes malmenés

La guide conférencière a eu le tort de vouloir protéger ses clients en les avertissant de la présence de ses détrousseurs urbains. Cette scène ne cesse de se reproduire chaque jour aux abords des principaux monuments parisiens. Ces pickpocket agissent en groupe et utilisent des techniques à la fois classiques et innovantes. La technique classique est celle du détournement d’attention du futur détroussé : un petit groupe de pickpockets entoure sa proie et lui agite sous les yeux un carton orné de vagues inscriptions tandis que les autres lui font les poches. La technique innovante est celle de la violence : désormais ces pickpockets peuvent frapper la victime et, si elle est légèrement isolée du groupe de touristes, elle est mise à terre, rouée de coup si elle se montre récalcitrante et bien entendu, délestée de son argent ou de biens monnayable facilement.

Si le détroussage de touristes se fait vite, il est néanmoins fort visible par sa technique de l’encerclement et de la mise à terre. Une catégorie particulière de touristes est fort appréciée des gangs de la Capitale : celle des touristes asiatiques. Ces derniers ont la défavorable réputation de porter sur eux de fortes sommes d’argent. Cette réputation, souvent vérifiée, a pour corollaire la violence des attaques. Tout le monde se souvient de ce car de touristes chinois dévalisés, aux portes de Paris. L’indignation sur le sort des touristes asiatiques a trop vite laissé place au désintérêt.

Rappelons que le tourisme est une source importante de revenus pour le pays. La France première destination mondiale touristique ne peut pas perdre son leadership sans mettre en péril toute une économie fondée sur cette manne. Hélas, la vidéo commentée en début d’article est la pour nous rappeler que rien ne semble avoir été fait pour lutter contre ce fléau.

Les guides conférenciers sans réels soutiens des autorités et en danger

Les guides conférenciers sont aux premières loges pour témoigner de l’activité incessante de ces réseaux de pickpockets et de l’impunité dont il semble bénéficier. Si nous étions dans une République bananière nous pourrions conclure que cette impunité est la conséquence d’un arrangement avec ces bandits et donc que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Heureusement, nous sommes dans un Etat de droit, alors comment expliquer cette impunité si ce n’est par l’incompétence de certains services et/ou le désintérêt navrant des autorités pour ces affaires ?

A la suite de cette attaque au stylo, la guide conférencière a déposé plainte contre X. La manière dont la démarche a été gérée est aussi édifiante. Au commissariat, première surprise, la guide est incitée à ne remplir qu’une main courante alors qu’il y a eu menace de mort suivie d’une agression physique. La main de la guide étant ensanglantée, un refus fut opposé à l’officier de police judiciaire. La plainte a donc été enregistrée. Cette difficulté à voir enregistrer une plainte accentue le sentiment d’abandon des guides. La guide a eu l’impression que la jeune gardienne de la paix n’avait pas pris son dépôt de plainte trop au sérieux : « Déjà, elle a voulu que je dépose une simple main courante, ce que j’ai refusé, insistant pour déposer plainte. J’ai essayé de lui montrer mes vidéos prises ce matin (avec enregistrement de certaines menaces et d’un comportement agressif) ainsi que des photos plus anciennes de l’agresseuse, qui sévit au même endroit depuis des années, mais cela ne l’intéressait pas, alors que lors d’une précédente plainte il y a quelques années contre un pickpocket qui m’avait aussi menacé de mort, l’agent de police qui avait pris ma plainte m’avait demandé d’envoyer sur l’adresse courriel du commissariat toutes les photos du pickpocket. Donc, j’ai été choquée de voir le peu d’intérêt montré cette fois-ci pour identifier l’agresseuse. ». Cette légèreté de l’officier de police judiciaire est anormale et grave. Le procès-verbal de dépôt de plainte dactylographié est alors proposé à la signature de la plaignante. Heureusement cette dernière le relit et note la mention du refus de la plaignante de consulter le « Canonge ». Curieux, car outre que l’officier ne lui a pas évoqué ce « Canonge », elle en ignore l’existence, le contenu et l’objet. Dans ce cas, comment refuser l’usage d’un outil dont on ne sait rien ?? Selon  Wikipedia : « Dans le cadre du STIC (Système de traitement des infractions constatées), le logiciel Canonge permet de rassembler dans un même fonds documentaire le signalement des auteurs d’infractions, comprenant en particulier des renseignements sur la couleur des yeux ou des cheveux, la présence de signes particuliers, les photos anthropométriques, ainsi que le type ethnique à choisir parmi une dizaine de types prédéfinis. ». La déception de la guide est totale : on lui a fait signer une plainte pour laquelle rien n’a été mis en œuvre pour identifier la femme qui l’a agressée !

Le calvaire des guides conférenciers continuellement attaqué en plein Paris se poursuit dans les commissariats où visiblement il est difficile de dénoncer une situation honteuse. Car disons le très clairement, ce signalement de la présence de pickpockets aux abords de l’Arc de triomphe, mais aussi des nombreux autres monuments parisiens, n’est pas nouveau, mais rien ne se fait. La conséquence sur le terrain est immédiate et mécanique : les hordes de détrousseurs de touristes ont le sentiment d’une impunité grandissante. Ils savent qu’ils ne risquent rien et n’hésitent plus à basculer dans la violence. Qui sont ces pickpockets ? Il semble que se sont principalement des personnes d’origine d’Europe centrale et orientale qui agissent en groupe.

Un avenir incertain pour la profession

Depuis plusieurs mois, la guide tente de faire fuir les pickpockets aux abords des monuments visités. A force de dénoncer sur le terrain la présence des gredins, elle s’est fait repérer. Désormais, elle est insultée, menacée et tout récemment attaquée. Son tort est de ne pas laisser ses clients se faire dépouiller et donc de compromettre le bon déroulement de l’activité des voleurs. Curieuse République où celui qui dénonce des délits est attaqué par les voleurs et accueillis mollement par les services de l’Etat.

Les guides conférenciers se plaignent depuis longtemps de leurs conditions de travail mais rien n’y fait : il faut se taire et laisser faire les pickpockets et surtout ne pas faire de bruit : dénoncer ces agissements semble plus grave que les commettre. C’est le monde à l’envers mais surement pas à l’envers pour tout le monde.

Alors que faire ? Continuer à subir ces vols avec violence jusqu’à la disparition des touristes qui, à juste titre, préférerons visiter des lieux plus hospitaliers ? Réagir à ces comportements aux risques de se faire agresser ? Alerter les autorités encore et toujours en espérant que ces cris d’alerte ne résonnent plus dans une vallée déserte ?  La réponse est incertaine. Les guides sont désemparés. La profession des Guides conférenciers  traverse une période difficile où leur profession paraît être remise en cause. Les mots « incurie » et « inaction fautive » sont prononcés. Manifester en nombre devant l’Arc de Triomphe voire devant la Préfecture de Police semble être une alternative pour briser le silence sur leurs conditions de travail dégradées. C’est maigre et sans grand risque pour la pickpocket au stylo. Les guides conférenciers vont devoir se rassembler et se battre ensemble pour que les choses changent. Les temps présents donnent raison à ceux qui parlent le plus fort. La République semble ne plus aimer les faibles alors que le rôle de l’Etat est justement de préserver l’intégrité des plus fragiles. Pire, la République semble être devenue aveugle et sourde car il faut beaucoup de cécité et de surdité pour compromettre ainsi le tourisme, l’une des principales richesses du pays.

Régis DESMARAIS

 

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Une réflexion au sujet de « La calvaire des guides conférenciers parisiens »

  1. Vous avez raison M. DESMARAIS de dénoncer ces faits divers , pour ces incivilités, agressions de tous les jours donnant une impression d’ insécurité généralisée, je préférerai qu’une grande partie des contingents policiers (police nationale, police municipale ,…) puissent plutôt participer d’une politique de tolérance zéro avec parallèlement un traitement adapté de ces incivilités par la justice (amende, peine d’intérêt général, prison …) plutôt que de traiter de la sécurité routière (qui me semble déjà bien améliorée) sans être taxé pour autant d’un état policier par tous les biens pensants et âmes bien tolérantes qui se retrouvent régulièrement dans la rue pour dénoncer les violences policières.
    Qu’au moins que toutes les amendes et PV, que l’impôt routier ponctionne régulièrement puisse participer d’une vrai politique du traitement de l’insécurité.

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