Elections législatives du Royaume Uni (8 juin 2017), et de la France (8/11 juin 2017) : aspects historiques

A trois jours d’intervalle deux élections majeures se sont déroulées dans deux grands pays européens. Elles présentent toutes deux des aspects que l’on peut qualifier d’historiques tout en se différenciant très fortement quant à leurs résultats. Les médias n’ayant pas traité de tous les aspects de ces deux élections, je me permets d’en faire apparaître certains pour susciter la réflexion.

Au Royaume Uni, Thérésa May disposait, au début d’avril, d’une majorité absolue. Se fondant sur les sondages qui donnaient une avance considérable aux conservateurs en cas d’élection anticipée, elle a pris, le 18 avril 2017, le risque d’organiser une nouvelle élection pour élargir sa majorité et pouvoir négocier le Brexit en position de force. Mal lui en a pris. Peu charismatique, elle a conduit une mauvaise campagne et perdu sa majorité absolue. Elle devra donc désormais composer avec d’autres partis et courir le risque de perdre le pouvoir. Que s’est-il donc passé dans l’opinion anglaise pour que les électeurs votent, une fois de plus après le BREXIT, contre les sondages et les médias ?

S’agissant de Theresa May, son programme d’austérité, de réduction des dépenses publiques et la volonté de négocier un Brexit dur étaient connus de longue date. Ils ont pu jouer un rôle dans la contre-performance de Theresa May, mais peut être moindre que ce qu’on en dit les médias.

Les deux attentats successifs de Manchester et de Londres ont donné au thème de la Sécurité une grande importance dans la campagne électorale. Les médias, très majoritairement pro-May, en ont profité pour attaquer sans relâche Jeremy Corbyn sur ce sujet, les travaillistes étant souvent jugés laxistes en matière de Sécurité.

Corbyn a riposté avec le plus grand calme en attribuant la montée du terrorisme à l’«incompétence» de Thérésa May dans ses précédentes fonctions de Ministre de l’Intérieur, et notamment à la forte réduction des effectifs de Police qu’elle avait conduite. Mais il a surtout expliqué, avec force et constance, la montée du terrorisme par une politique étrangère irresponsable d’alignement systématique sur le bellicisme US, une politique étrangère irresponsable d’ingérence tous azimuts dans les affaires d’états souverains, une politique étrangère irresponsable de mensonges et de bombardements (Irak, Syrie, Libye) qui ne servent en rien les intérêts du Royaume Uni, une politique étrangère irresponsable de soutien inconditionnel aux excès de l’état hébreu.

A la surprise générale, ce discours sur la politique étrangère britannique semble avoir été entendu et compris, surtout par les jeunes, qui se sont mobilisés en masse et ont voté majoritairement pour Jeremy Corbyn. Thérésa May a donc fini par perdre sa majorité absolue……. en partie sur les thèmes de la sécurité et de la politique étrangère, ce que les médias ont «oublié» de commenter….

Ce qui est historique dans l’élection au Royaume Uni , c’est le taux de mobilisation des jeunes qui s’est traduit par un taux de participation jamais atteint dans ce type d’élection outre Manche (76%), ce qui est plutôt sain dans une démocratie digne de ce nom.

Ce qui est historique c’est que 40 % des britannique aient pu voter, contre la pression  des médias et de certains lobbies, pour un homme qui remet en cause l’allégeance automatique et le suivisme du Royaume Uni aux USA, pour un homme qui prône la non ingérence, pour un homme qui explique la montée du terrorisme par les excès et les bombardements injustes de la coalition occidentale contre des pays qui ne leur demandaient rien (Irak, Libye, Syrie) pour un homme clairement pro-Palestinien et qui assume clairement son anti-sionisme….en liaison avec ses nombreux amis israéliens. (Voir interview).

Madame Thérésa May reste au pouvoir, mais elle est affaiblie. Elle aura désormais des difficultés à imposer son point de vue, notamment en matière de politique étrangère.

Au taux de participation historiquement haut de l’élection britannique du 8 juin, s’oppose le taux historiquement bas de l’élection française du 11 juin.

Jamais dans l’histoire des élections législatives françaises le taux d’abstention n’avait atteint un tel niveau : 51,3 % auxquels on peut d’ailleurs ajouter 1,08 % de votes blancs ou nuls.

Il y donc bien eu un  «tsunami historique d’abstentions» qui n’est évidemment pas sans raison et sans risque pour le futur.

Le deuxième fait historique est le très faible score, en voix, du parti du président «La République en Marche» qui ne rassemble sur ses candidats que 6,39 millions de suffrages soit  13,3 % des inscrits. En d’autres termes, 41,2 millions d’électeurs, soit 86,7% des inscrits n’ont pas voté pour le parti d’un  Président pourtant élu avec 8,4 millions de voix au premier tour (où est  le vote d’adhésion tel que les médias nous l’ont présenté ?)

Jamais dans l’histoire des législatives françaises le parti du Président élu n’a obtenu, au premier tour des législatives, les suffrages d’adhésion d’un aussi faible pourcentage des inscrits, suffrages qui devraient pourtant suffire à obtenir une majorité absolue écrasante en sièges. C’est ce parti qui ne représentera finalement qu’une infime partie de l’électorat qui va régner sans partage  sur la France pendant les cinq prochaines années. Les médias n’ont  pas beaucoup insisté sur cette très faible représentativité des candidats «en marche» dont certains, qui seront élus dimanche prochain, n’ont pas recueilli plus de 8% des inscrits au premier tour pour soutenir leur projet .

Contrairement à ce qui nous a été rabâché par les médias, le président et son parti ne sont pas «anti-système». Ils sont, à l’opposé de Monsieur Jeremy Corbyn, européistes, mondialistes, otaniens, bellicistes et interventionnistes en politique étrangère, alignés sur la position néoconservatrice US, pour un soutien inconditionnel à l’état hébreu.

Le soutien unanime des médias au président élu et à ses candidats (plus de 11 000 articles et 1 200 couvertures de magazine pro-Macron lors de la campagne présidentielle) est là pour nous confirmer qu’on est bien en présence de la substantifique moelle du «système».

Le risque n’est pas nul qu’un électorat désabusé, qui considère que les élections ne servent plus à rien se fasse entendre dans la rue dès la publication des premières ordonnances en Septembre. A moins qu’il ne se résigne …… Le risque n’est pas nul non plus qu’un dérapage belliciste au proche orient, dans le sillage de Washington, conduise ce qui reste de notre beau pays vers l’abîme.

En tous cas, la démocratie anglaise post-Brexit semble bien vivante. La démocratie française, elle, semble aujourd’hui bien malade, si ce n’est moribonde.

Les britanniques font valoir leurs idées dans les urnes en écartant la propagande médiatique (Brexit, dernières législatives). Les français, en net retard sur les anglo-saxons, se résignent ou suivent en trop grand nombre (6,3 millions, c’est peu mais ça n’est pas rien), le discours convenu des médias militants.

« Wait and See ».

Général Dominique DELAWARDE

Ancien chef «Situation-Renseignement-Guerre électronique» à l’État major interarmées de planification opérationnelle

Lire aussi : La guerre de l’information.

 

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4 réflexions au sujet de « Elections législatives du Royaume Uni (8 juin 2017), et de la France (8/11 juin 2017) : aspects historiques »

  1. Bonjour Monsieur
    Vous opposez la participation anglaise à l’abstention française, je pense qu’elle se rejoignent, les anglais ont voté pour une majorité anti système, les français n’ont pas eu de candidats assez compétents pour leur permettre cela. Ils ont donc opté pour l’abstention et témoigné ainsi de leur vote anti système.
    Par ailleurs vous parlez de Corbyn comme étant anti-Isaelien en opposition à Macron qui serait pro-Israelien. Il aurait été plus judicieux de parler de politique pro ou anti Arabe. Je n’ai pas trouvé lors de la campagne le moindre article de soutien à l’état Hebreu de la part du président Français. Et il est impensable que la France laisse tomber ses intérêts Arabe au profit d’une quelconque sympathie pour Israel.
    Les électeurs se soucient peu de ce pays et prêter autant d’importance du rôle qu’il joue sur les élections ne relève que de votre vision. Je crains que cela n’amènent certains de vos lecteurs à un relent antisémite que beaucoup souhaiteraient voir revivre.
    Bien à vous

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    1. Bonsoir,

      Vous pensez que l’abstention française aux législatives est liée au manque de compétence des candidats. Je ne partage pas cette appréciation. Je ne veux pas croire que sur une moyenne de 14 candidats par circonscription il n’y en ai pas plusieurs qui puissent remplir la fonction. Je doute par ailleurs que l’électeur moyen connaisse tous les candidats de sa circonscription, qu’il lise leur profession de foi, et qu’il soit en capacité d’évaluer les niveaux de compétence  de chacun d’entre eux.

      Je pense que les candidats, qu’ils soient anglais ou français, ont un niveau de compétence équivalent et que les électeurs, français ou anglais, votent pour un programme ou un parti, plutôt que sur des compétences individuelles, très difficiles à évaluer.

      Votre premier argument sur une abstention française fondée sur l’incompétence des candidats ne me paraît donc pas convaincant.

      S’agissant du second argument, Mr Jeremy Corbyn est un anti-sioniste assumé, ce que qui ne signifie pas du tout qu’il soit antisémite, bien au contraire (surtout pas d’amalgame, c’est l’argument de ceux qui veulent tuer le débat). Il a de nombreux amis juifs israéliens qui n’approuvent pas nécessairement la politique de Mr Nethanyahu. Mr Corbyn se prononce simplement contre certains « excès » de la « gouvernance » de l’Etat Hébreu.Il n’est pas seul au monde à défendre ce point de vue qui est celui des BRICS, de L’OCS et de quelques 137 pays à l’ONU. Je rappelle que la France et la Grande Bretagne ont eux même voté en Décembre dernier une résolution du conseil de sécurité de l’ONU (votée à l’unanimité-abstention US)condamnant la poursuite des implantations israéliennes en Palestine occupée.

      S’agissant de Macron et de sa position évidente pro-Israël, je ne me fonde pas sur des déclarations qu’il n’a pas encore faites, mais sur les positions de son entourage proche: de cet entourage proche qui l’a porté au pouvoir. Je ne vais citer que quelques noms, mais ils sont légions. Le franco israélien Drahi, patron de L’Express, L’Expansion, L’Étudiant, Libération, BFMTV, RMC, I24, plus de 20 magazines …etc… )qui a très largement contribué à la victoire de Macron. Mr Niel, copropriétaire du groupe Le Monde (Le Monde, La Vie, Le Huffington Post, Le courrier international, le Nouvel observateur, rue 89, …etc….)et propriétaire de Golan Telecom (société israélienne), Mr Mourad, ex banquier de Drahi et directeur de campagne de Macron, Mr Attali, Mr Minc, Mr Bernard Henri Lévy, Mr Cohn Bendit, Mme Guedj, Mme Haim, Mr Stauss Kahn, Mr Dreyfus, Mr  Rothschild, Mr Dray, Mr Bergé et bien d’autres……).

      En politique, il est rare qu’un politicien, fut-il Président, trahisse ses principaux sponsors. Il n’irait pas très loin sans eux. « Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es » dit le proverbe.

      Pour finir, la déclaration de Macron sur la Syrie lors de la conférence de presse commune avec Poutine est assez claire. Sa « ligne rouge » anti Bachar qui rappelle « la ligne rouge » OBAMA de 2013 est plutôt amusante (car l’intéressé n’a pas les moyens autonomes de frapper qui que ce soit sans risque de perdre les rares avions qui lui restent contre une DCA russe plutôt efficace lorsqu’elle le veut). Mais cette déclaration est révélatrice d’une continuité de politique étrangère néoconservatrice donc pro-israélienne (tendance Nethanyahu).

      C’est ma perception résumée des choses: la perception d’un ancien haut responsable du renseignement français et non celle qu’on échange au café du commerce.

      Cordialement.

      Dominique Delawarde  

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  2. Bonjour Monsieur
    Tout d’abord je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à mon commentaire, un échange de point de vue reste toujours constructif.
    À aucun moment je n’ai accusé Monsieur Corbyn de quelconque racisme et je ne me permettrais nullement de le juger sur ses positions face à un gouvernement totalement opposé à ses idées.
    Par contre je trouve que votre argument sur la relation entre Monsieur Macron et Israel porte sérieusement à confusion.
    Selon vos sources, je trouve stupéfiant que, vous nommiez comme soutien certaines personnes venant pour la plus part de partis de gauche, français allemand américain, sans relation avec le « sionisme » et critiquant le parti de droite Israelien sans aucune ambiguïté.
    Est ce pour tuer le débat, ou tout simplement vous ne faites pas la différence entre leurs citoyennetés, leurs opinions et leurs origines juives à tel point qu’ils se trouvent systématiquement soupçonnés de soutien au président dans le but de l’amener à une politique pro-Israëlienne.
    Il est regrettable que vous amalgamiez les juifs dans un même combat.
    Pour finir sur la Syrie je partage totalement votre analyse, la France n’a nullement le pouvoir de se frotter à la Défense russe, je pense que la sortie de Monsieur Macron n’a rien d’une « politique néo-conservatrice » mais tout simplement l’affirmation d’un Nouveau qui doit assez vite comprendre les ficelles de la diplomatie.
    Une simple réponse d’un citoyen qui ne fréquente jamais le « café du commerce » et qui remercie l’administrateur de ce blog de me laisser exprimer mes idées.
    Bien Cordialement

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  3. Bonjour,

    L’avenir proche nous éclairera sur ces sujets. Restons donc, vous et moi, attentif à la politique étrangère de la France. J’espère, comme vous, que le « Nouveau » comprenne rapidement les ficelles de la diplomatie ……

    A propos de politique étrangère, je vous suggère la lecture du livre publié aux éditions Laffont: LA FACE CACHÉE DU QUAI D’ORSAY Enquête sur un ministère à la dérive de Vincent JAUVERT. Fondée sur une centaine de témoignages de diplomates, l’enquête nous décrit, dans un chapitre, un ministère contrôlé par « la secte ». (poignée de diplomates d’obédience « néoconservatrice » dont la plupart ont un parcours passant par les USA….). Ces personnages ne sont évidemment pas sans influence sur leur ministre, qui n’est pas sans influence sur le Président.

    Si Monsieur Macron veut s’écarter de la politique néoconservatrice, alignée sur Washington, de son prédécesseur, il lui faudra sans doute rééquilibrer les pouvoirs au sein du ministère des affaires étrangères dont il a hérité de son prédécesseur pour que des avis alternatifs puissent y exister et être pris en considération. Nous allons très vite voir s’il le fait ou s’il agit en continuité, voire s’il accentue la tendance « néocon ». « Dis moi qui tu nommes aux postes clefs et je te dirai qui tu es »……..

    Amicalement

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