Migrants : le drame de l’ignorance et de la manipulation

La question migratoire est désormais devenue une question sociétale qui occupe l’espace médiatique et politique de notre pays mais aussi celui de l’Union européenne. Cette question, comme beaucoup d’autres sujets de société, est posée avec une globale absence de réflexion, une dose de dogmatisme, une confusion sur les termes employés et toujours avec une volonté de culpabilisation des populations européennes.

Pourtant cette question mérite mieux qu’un traitement idéologique et biaisé. Elle mérite mieux d’abord parce que ce sujet concerne des êtres humains et ce qu’il y a de plus essentiels : leur vie, leur dignité et plus généralement leurs droits. Cette question mérite mieux qu’un traitement approximatif en raison de ce que recouvre aujourd’hui le phénomène migratoire du point de vue du fonctionnement de nos sociétés.

Les causes du phénomène migratoire

Cela fait des décennies que des spécialistes en tout genre (médecins, géographes, démographes, économistes, politiques et philosophes) alertent sur l’inévitable survenance de mouvements migratoires de grande ampleur. Plusieurs raisons ont motivé ces alertes : une démographie galopante dans des zones inadaptées à un phénomène de surpopulation, une disparité de richesse abyssale entre l’Occident et le reste du monde, des découpages de frontières faits sans tenir compte de la viabilité de certains pays, un effondrement démographique de l’Occident, les guerres à répétition et des régimes politiques ne respectant pas les droits de l’homme et spoliant les populations de leur richesse nationale. A ces facteurs annonciateurs d’une inévitable « crise migratoire », c’est rajouté un développement exponentiel du mépris de la vie et des êtres humains lesquels sont perçus par certains prédateurs comme des ressources peu onéreuses et corvéables à merci. Les populations paupérisées deviennent à leur insu les bataillons d’une armée de prolétaires surexploités par un système économique dont la seule finalité est, encore et toujours, le profit.

On le voit, les causes du phénomène migratoire sont connues et depuis longtemps. Ces causes ne sont pourtant jamais dénoncées avec vigueur sur la place publique. Pire, on ne se focalise que sur des solutions d’accueil des migrants dont l’effet est favoriser les perversités d’un système qui conduit et entretien le phénomène migratoire.

Comment cela est-il possible ? Par au moins deux effets cumulatifs : l’ignorance et la manipulation émotionnelle des foules.

L’ignorance face au phénomène migratoire

Si l’ignorance est débord celle des causes, elle est aussi liée à la confusion entre droit d’asile et migration économique. Trop souvent, on mélange tout et on fait des amalgames entre ce qui relève d’une migration subie et ce qui relève d’une migration voulue.

Le droit d’asile consiste à accueillir un étranger dont la vie est en danger dans son pays d’origine et qui est susceptible de subir dans ce pays des traitements inhumains et dégradants. Il s’agit donc d’un droit bien spécifique et réservé à une population fragile, en sursis et qui n’a d’autres choix que de fuir. Or, le droit d’asile est actuellement dénaturé par une revendication abusive de ce droit. Outre que la confusion sur ce que recouvre le droit d’asile est entretenue par certains de nos élus,  aujourd’hui, de plus en plus d’étrangers demandent l’asile sur le territoire européen mais ces demandes présentent de remarquables spécificités pour ne pas dire incongruités. On découvre ainsi des étrangers dont la vie serait menacée dans leur pays d’origine qui, à peine arrivés sur le territoire de l’Union, commencent des errances d’Etat à Etat européen sans jamais demander l’asile ! C’est curieux de la part de quelqu’un dont la préoccupation première est de se sécuriser en obtenant le statut protecteur de l’asile. Ainsi, des afghans, des irakiens, des pakistanais, des iraniens et d’autres vont de l’Italie à l’Allemagne, de l’Allemagne à la Belgique, de la Belgique à la France sans jamais demander l’asile. Evidemment, lorsqu’ils sont interpellés, ces individus demandent enfin l’asile. A la question pourquoi n’avez-vous pas demandé l’asile en Italie, en Allemagne ou en Belgique la réponse est soit, « je veux demander l’asile en Grande-Bretagne », soit « je préfère demander l’asile ici et pas ailleurs ». Vous vous souvenez de la phrase polémique du ministre de l’intérieur sur le « benchmarking » des demandeurs d’asile ? Eh bien, rien n’est plus vrai que ces propos du ministre. Enfin, rien n’est plus vrai à condition de préciser que ce ne sont pas tous les demandeurs d’asile qui font du « benchmarking » mais beaucoup. Si on en doutait, on remarque que le plus souvent ces étrangers évoquent des différends familiaux dans leur pays, leur volonté d’avoir une vie meilleure, de trouver du travail voire, pour un très petit nombre d’entre eux, de faire du tourisme… Ces aspirations sont légitimes mais elles ne relèvent pas des critères permettant de justifier du droit d’asile. Si vous ne me croyez pas, je vous invite à vous rendre dans un tribunal administratif pour assister à des audiences sur des contestations de décisions préfectorales de remise à des autorités d’autres Etats européens ou d’obligation de quitter le territoire français pour vous rendre compte par vous-même de la dénaturation du droit d’asile.

La migration économique est l’une des principales causes migratoires actuelles. En avoir conscience permet de mieux comprendre les flux en cours et de mieux agir sur les causes à l’origine de ces mouvements de population. Agir sur les causes, c’est notamment permettre un développement économique des pays d’où proviennent les migrants, c’est aussi mettre un terme à une exploitation de ces migrants par des employeurs peu scrupuleux qui les transforment en force de travail corvéable à merci. Visiblement en Grande-Bretagne, les migrants qui parviennent à rejoindre ce pays se préparent à devenir une main d’œuvre qui ne comptera pas ses heures de travail… ni ses revenus tant ces derniers seront faibles.

L’ignorance des causes de certains phénomènes migratoires peut avoir des conséquences désastreuses sur les droits et la dignité des individus. Un exemple frappant : celui des femmes nigérianes. De nombreuses femmes en provenance de ce pays expliquent avoir quitté leur pays car un ami, une connaissance, leur avait proposé d’exercer une activité professionnelle respectable en Europe et donc de gagner plus d’argent. Très vite, un très grand nombre de ces femmes  ont découvert qu’elles avaient mis les pieds dans un réseau de prostitution. Ces femmes, du jour au lendemain, sont devenues des esclaves sexuels entre les mains d’individus sans scrupule. Des réseaux nigérians de prostitution se seraient organisés sur le territoire européen. Certaines femmes qui réussissent à s’extirper de ces réseaux viennent en France et demandent l’asile. La question sera alors essentiellement axée sur le droit d’asile de ces femmes qui pourtant, dans leur pays, vivaient normalement sans crainte pour leur vie. En aucune façon, ces réseaux ne sont dénoncés et démantelés. Vouloir à tout prix accueillir ces femmes sans agir sur les causes à l’origine de leur départ revient à ouvrir un flux migratoire continu pour le plus grand profit des réseaux de prostitution et le plus grand malheur de ces femmes.

La manipulation psychologique des opinions

La manipulation des opinions publiques est un mode de fonctionnement de nos sociétés, cynique et de plus en plus habituel.

La manipulation se fait par le jeu de l’ignorance. Récemment, et avec raison, une indignation est née de la séparation, aux Etats-Unis, des parents migrants et de leurs enfants. Donald Trump est vilipendé dans tous les médias. Toutefois, force est de constater, que le  président américain ne fait qu’appliquer des textes qui existaient déjà sous le président Obama. Pourquoi M. Obama n’a-t-il pas fait disparaître ces règles de l’ordonnancement juridique américain ? La question n’est pas posée, elle est même ignorée par nos journalistes. Cette ignorance a un intérêt du point de vue manipulatoire : si vous traitez mal des migrants, vous êtes dans la lignée de Trump… Qui a envie d’être associé à Trump ? La réponse à cette question justifie l’intérêt de cette manipulation par omission d’information. En effet, on pourrait aussi vous dire si vous traitez mal des migrants vous êtes comme Obama mais là, l’effet psychologique est moins « performant ». Toutefois, le président Trump vient tout juste de signer un décret faisant ce que le président Obama n’avait pas fait : mettre fin à la séparation des familles de migrants. L’histoire est ironique.

La psychologie est une donnée essentielle dans la question migratoire. La manipulation use et abuse des images. Les images montrant des individus dans un état sanitaire déplorable, entassés dans une embarcation de fortune, des individus noyés sur une plage, des enfants séparés de leurs parents, des jeunes hommes amaigris pour certains mutilés… tout cela, à moins d’être un monstre ou un pervers, ne peut que révulser, indigner et inciter à accueillir sans se poser des questions qui seraient, en pareille circonstance, indignes. Ne pas se poser de questions est le but de ces images suscitant des décharges émotionnelles au sein de la population européenne.

C’est dommage de ne pas se poser de questions car poser des questions revient à aborder la question des réseaux de passeurs qui perçoivent plusieurs milliers d’euros par individu entassé dans un bateau ou caché dans un camion. Poser des questions, revient à se demander quel est l’intérêt de M. Soros à dépenser un demi-milliard pour favoriser les mouvements migratoires. Poser des questions, c’est vouloir regarder hors du cadre de l’image diffusée par les médias pour mieux connaître le profil des migrants. Connaître le profil des migrants revient à sortir de cette étrange renoncement au sens critique qui conduit beaucoup de gens à croire que sous le terme générique « migrants » se trouve une population homogène qui a la même histoire et les mêmes aspirations. Rien n’est plus faux. Il y a une diversités de migrants : des migrants qui fuient pour sauver leur vie et leur famille, des migrants qui partent pour trouver du travail et gagner de l’argent, des migrants à la recherche de soins médicaux, des migrants qui fuient leur pays en raison des crimes qu’ils y ont commis, des migrants en désespérance psychologique et qui ne savent même plus où ils sont et qui ils sont. Sous le terme générique « migrants » se cache une pluralité de destins, de trajectoires et de passés.

Se poser des questions revient à interroger notre monde pour mieux en percevoir et dénoncer les failles et mieux discerner les intérêts cachés. Ce n’est qu’en se posant des questions que nous trouverons des réponses adaptées à la situation présente.

En conclusion

La question migratoire ne peut pas et ne doit pas être abordée sous l’angle des émotions et des raccourcis saisissants (il y aurait des pour et des contre migrants, des gens biens et des salauds). Cette question est complexe et mérite une approche sérieuse et non idéologique. Le phénomène migratoire doit interpeller nos gouvernants sur la situation de notre monde. On ne peut pas traiter de la question migratoire sans aborder le chaos en Libye et ailleurs, sans évoquer les intérêts de certains dans cette arrivée de main d’œuvre docile et malléable car fragile. Cette question est d’ordre sociétal. Elle concerne des êtres humains et comme telle nous met face à des individus qui souffrent mais aussi face à des individus qui parfois mentent. Il n’y a pas de hasard prodigieux qui aurait regroupé au sein de la catégorie des migrants des hommes et des femmes uniquement vertueux. Il n’y a pas de fatalité qui nous imposerait de renoncer à comprendre le monde dans lequel nous vivons et qui nous conduirait à abandonner une fraction de la population mondiale à la misère organisée et à sa mise sous tutelle par des gens aux intérêts cachés et le plus souvent sordides (obtenir une main d’œuvre corvéable, réseaux en tout genre etc…). Accueillir tous les migrants sans se poser de questions signifierait renoncer à changer notre monde et à faire de ce dernier un monde meilleur. Evidemment, questionner avec pertinence le phénomène migratoire c’est autrement plus compliqué que d’ouvrir les frontières avec le sourire de l’ignorance posé sur les lèvres. C’est plus compliqué mais c’est plus enthousiasmant car il s’agit de prendre en main notre destin collectif et d’éviter de sombrer dans les sombres augures dont on nous abreuve.

Régis DESMARAIS

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